A Fessenheim, la fin du nucléaire sous tension


SEBASTIEN BOZON POUR « LE MONDE »

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Publié aujourd’hui à 18h14, mis à jour à 20h35

« Un jour de deuil. » Alain Besserer, délégué FO et secrétaire du comité social et économique (CSE) de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), ne cache pas sa tristesse de voir s’arrêter « pour des raisons politiques, un outil sûr et performant ». Il règne, selon lui, une « ambiance pesante » parmi les 350 agents EDF présents sur le site, sur un effectif de 640 salariés, pour assurer le bon fonctionnement jusqu’à l’arrêt définitif du réacteur n° 2, le 30 juin, 130 jours après celui du réacteur n° 1. Neuf ans après l’annonce par François Hollande de la « fermeture immédiate », le personnel de la doyenne du parc nucléaire français, soumise à une longue agonie, a livré son baroud d’honneur. A huis clos. « Sans rassemblement pour pleurer ensemble. »

L’accès du site a été refusé par les représentants du personnel, le 22 juin, à cinq députés de la mission parlementaire d’information conduite par le député LR de la circonscription, Raphaël Schellenberger, défenseur de l’énergie nucléaire. Même le président d’EDF, Jean-Bernard Lévy, n’a pas été le bienvenu. Il a rencontré, le 18 juin, des cadres et représentants du personnel discrètement au centre d’information du public jouxtant le site. « Vous avez fait preuve d’une conscience professionnelle exceptionnelle », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés par Anne Laszlo, déléguée CFE-CGC.

Reclassement compliqué

Les agents EDF, bénéficiant de la garantie d’emploi au sein du groupe, réclament un « reclassement exemplaire ». Cent soixante-dix départs sont programmés d’ici à fin 2020. Les autres se feront par vagues échelonnées jusqu’en 2025. Au moment du démarrage du démantèlement, qui durera quinze ans au moins, il ne restera plus que 60 agents EDF sur place et une centaine de salariés des entreprises prestataires, contre 280 actuellement.

Vue du centre du village de Fessenheim, en juin 2020.

Les 140 agents qui ont opté pour une mutation sur un autre site nucléaire connaissent leur affectation. Ainsi Fabrice Widmer un des opérateurs de salle de commande va rejoindre en septembre le site du Bugey (Ain). Il perd ses attaches en Alsace, mais bénéficiera d’une « belle opportunité de promotion » vers un poste d’ingénieur sûreté. Mais pour les 200 agents qui ne veulent pas quitter l’Alsace, le reclassement s’annonce compliqué. L’incertitude se poursuit.

Du 6 avril 1977 au 30 juin 2020, en près de quarante-trois ans, les deux réacteurs de 900 mégawatts, construits au bord du Grand Canal d’Alsace longeant le Rhin, ont produit 437 milliards de kWh « décarbonés » sans accident grave. Mais la vie de cette centrale, bête noire des riverains allemands, aura été émaillée de nombreuses pannes et incidents. Jusqu’au bout. A trois jours de l’arrêt définitif, la foudre a frappé une ligne à haute tension à proximité du site déclenchant le système d’arrêt automatique du réacteur.

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