à Lauwin-Planque, l’amertume des salariés d’Amazon


LUCIE PASTUREAU POUR « LE MONDE »

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Publié aujourd’hui à 02h46

Une pétition pour « un Noël sans Amazon » ; un appel d’élus, d’associations et d’ONG pour « stopper Amazon » ; des manifestations en Moselle, en Loire-Atlantique, ou encore dans le Finistère contre l’implantation de nouveaux entrepôts… Ces dernières semaines, le géant américain du e-commerce concentre toutes les critiques. Si les griefs sont connus – mauvaises conditions de travail, optimisation fiscale, concurrence déloyale face aux petits commerces… –, ils ont été accentués cette année par la crise sanitaire et le confinement : en permettant de consommer sans sortir de chez soi, l’entreprise fondée par Jeff Bezos apparaît comme l’un des grands gagnants de cette pandémie.

Aux abords des entrepôts Amazon à Lauwin-Planque (Nord), le 26 novembre.
Explications : comment Amazon continue à livrer malgré la fermeture de ses entrepôts français

A Lauwin-Planque (Nord), en cette journée ensoleillée de fin novembre, ces controverses semblent bien loin. Le pic de consommation de l’année approche et cela se voit aux abords des deux imposants centres, de distribution et de tri, cernés par des champs agricoles. Entre le « Black Friday » (repoussé au vendredi 4 décembre en France à la demande du gouvernement) et les fêtes de fin d’année, ils passent de 2 500 à près de 5 000 travailleurs. Badges autour du cou – bleus pour les personnes embauchées, verts pour les intérimaires –, les salariés de l’après-midi viennent relayer ceux du matin dans un ballet incessant de camions de livraison.

Travailler pour le géant américain ne faisait pas partie des plans de carrière d’Axelle, qui vit dans le petit village d’Hem-Lenglet, à une petite trentaine de kilomètres de Lauwin-Planque. Son ambition : devenir professeur de maths. Mais après avoir décroché un master en enseignement, elle rate le concours. Alors en attendant de le repasser l’année suivante, « et pour pouvoir vivre », elle postule chez Amazon à l’été 2016, sans trop d’entrain : « J’avais de l’appréhension parce qu’on entendait beaucoup de choses sur l’entreprise. » Elle devient alors intérimaire dans le « service prélèvement », c’est-à-dire qu’elle est chargée de chercher dans les stocks les articles commandés par les clients.

Puis elle est embauchée en CDI en novembre de la même année. « Finalement, ça m’a plu », raconte la jeune femme de 34 ans, comme surprise, citant « le boulot intéressant », le fait de pouvoir travailler « sur plein de postes différents » et la possibilité d’évolution rapide.

Dans les rues de Lauwin-Planque (Nord), le 26 novembre.

« Qu’est-ce qui est mieux ? »

Pour Séverine, intérimaire depuis deux ans, « on est les oubliés de toutes les critiques » contre le géant américain. « Pure Douaisienne » de 44 ans, elle non plus n’avait pas une bonne image d’Amazon lorsque l’entreprise s’est implantée en 2013 dans la zone d’activité de Lauwin-Planque, à quelques encablures de Douai. Aujourd’hui, elle aimerait y être embauchée. « Ce n’est pas dégradant de bosser pour Amazon, selon elle. Et puis, qu’est-ce qui est mieux ? Travailler à la chaîne chez Renault ? J’étais diplômée en coiffure, j’ai travaillé chez SFR en tant que chargée de clientèle où on m’en a fait voir de toutes les couleurs, dans la logistique chez Kiabi, j’ai fait des ménages… Et c’est ici que je me sens bien. »

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