A l’heure de la crise sanitaire, le parfum contraint de se réinventer


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Publié aujourd’hui à 12h40

Le 24 septembre au matin, Ilias Ermenidis a fait un étrange constat. Son nez ne répondait plus. « La veille au soir, il y avait déjà eu une alerte : un léger rhume et des odeurs qui étaient comme diluées ou déformées. » Quelques jours plus tard, voilà qu’un médecin lui diagnostique une anosmie totale, une perte de l’odorat, symptôme désormais connu d’une infection au SARS-CoV-2.

Un cauchemar absolu pour ce parfumeur grec (il officie chez Firmenich, géant mondial de la création de fragrances), qui dit avoir consacré sa vie aux odeurs et se vante de composer des parfums comme il respire. Aujourd’hui, un mois exactement après les premiers symptômes, Ilias Ermenidis a récupéré 75 % de son olfaction, et son médecin, rassurant, lui prédit un retour à la normale dans quelques semaines, comme pour l’essentiel des malades du Covid-19.

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Les parfumeurs qui perdent l’odorat… Le coronavirus aura mis le monde sens dessus dessous et rendu réelles un bon nombre de dystopies. Entre autres effets collatéraux, l’épidémie a bouleversé les sens. Comment faire autrement avec ce masque qui ne nous quitte plus et cette distanciation sociale qui nous éloigne les uns des autres ? Aujourd’hui, « quand on sent l’autre, c’est pour se rappeler qu’il est déjà trop près ! », constate Eugénie Briot, historienne, responsable des programmes de l’école de parfumerie Givaudan.

Une cadence ralentie

Voilà que, depuis quelques mois, le parfum qu’on se vaporise le matin a perdu une grande partie de son charme : toucher l’autre, l’attirer, le séduire. Même les amateurs ont du mal à accéder au précieux élixir en boutique, puisque les testeurs (les flacons de démonstration) ne sont plus en accès libre. Quant aux mouillettes (touches à sentir) qu’on se met sous le nez et qu’on s’échangeait entre passionnés chez Sephora ou Marionnaud, elles sont de potentiels nids à virus qu’il est désormais défendu de faire circuler.

D’ailleurs, à quoi bon se parfumer si on télétravaille et qu’on passe la journée seul(e) avec sa lunch-box devant l’écran de son PC ? C’est à se demander si le parfum survivra à cette pandémie. Et donc son industrie, qui réalisait en 2019 un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros en France (ventes de parfums en sélectif hors parfums d’intérieur, selon l’analyste de marché NPD).

« Cette crise rappelle celle engendrée par l’épidémie de sida, qui a produit, dans les années 1990, des parfums aux notes “propres”, musquées et lessivielles. » Eugénie Briot, historienne

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