Aurélien Pradié : « La 5G, c’est le match entre les intégristes du progrès et les intégristes de l’écologie »

Aurélien Pradié est un surfeur. Dimanche dernier encore, à quelques heures d’une interview dans l’émission Dimanche en politique sur France 3, il s’est levé dès l’aurore pour aller « rider » – c’est le mot – les vagues de l’Atlantique. Et comme tout bon surfeur, il est particulièrement attaché à la protection de son terrain de jeu : les océans. Mais le député Les Républicains l’admet lui-même, sa famille politique a trop longtemps abandonné la thématique de l’écologie. Aujourd’hui inaudible sur le sujet, la droite lance sa « task force » pour construire un projet politique teinté de vert. À l’heure où la querelle entre les maires EELV et le président Emmanuel Macron sur la 5G bat son plein, Aurélien Pradié réclame, lui, un débat moins manichéen sur le sujet et, citant le discours de Georges Pompidou en 1970 à Chicago, pose la question du « sens du progrès ».

Le Point : Une centaine de maires, dont des écologistes, réclament un moratoire sur le déploiement de la 5G. Ont-ils raison ?

Aurélien Pradié : Les arguments qu’ils portent ne sont pas les bons, notamment ceux sur les questions de santé qu’ils n’étayent pas. Le débat sur la 5G ne mérite pas autant d’énergie, mais il est intéressant si l’on va au-delà. Ce sujet interroge notre société sur l’idée qu’elle se fait du progrès plus généralement. Si je n’adhère pas une seule seconde aux thèses portées par les maires d’Europe Écologie-Les Verts, je crois nécessaire de poser un débat sur le sens des évolutions scientifiques et technologiques. Ce sujet-là a disparu de nos discussions politiques alors qu’il est fondateur. Il s’agit de savoir si ces déploiements de technologies permettront à nos concitoyens d’être plus heureux demain.

À défaut de moratoire, souhaitez-vous que l’on prenne plus de temps sur l’intérêt du déploiement de la 5G ?

Dans ce débat, je vois beaucoup d’arrogance. De l’arrogance, d’abord, chez ceux qui pensent que tout ce qui est moderne est forcément une bonne nouvelle et qui empêchent de s’interroger. De l’arrogance, aussi, chez d’autres qui considèrent que notre civilisation ne doit plus accepter l’évolution technologique. C’est insupportable ! Avec la 5G, un match s’est installé entre les intégristes du progrès et les intégristes de l’écologie. Sortons de ce débat stérile une bonne fois pour toutes et posons-nous les bonnes questions. Aujourd’hui, nous avons des territoires où l’accès au téléphone portable est minimal. Quand on explique que, demain, la 5G va permettre de faire des opérations médicales à distance, c’est une façon d’enjamber le sujet fondamental de la fracture numérique et des zones blanches. C’est méprisant. On ne peut pas avoir une course folle au développement numérique si on est incapable d’avoir des fondations solides. La priorité, c’est que l’ensemble des Français soient dotés d’équipements de qualité et ils ne le sont pas.

Seriez-vous donc un Amish de droite ?

Non, bien sûr que non. Poser la question des injustices territoriales et sociales est fondamental. Demain, le déploiement de la 5G bénéficiera d’abord aux territoires très équipés, aux entreprises déjà très développées et aux populations qui auront les moyens d’accéder à ces dispositifs. Numériquement, on a une France à deux vitesses et plus la locomotive avancera vite – avec la 5G par exemple – plus les wagons de derrière décrocheront parce qu’on ne s’en occupe pas sérieusement. Dans son discours plein de mépris, Emmanuel Macron démontre une nouvelle fois qu’il ignore totalement que certains territoires sont abandonnés. Son aveuglement à aller très vite est une manière de faire oublier les problèmes fondamentaux dans notre pays pour ne pas les régler.

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Emmanuel Macron ne croit pas en la force du politique

Vous critiquez « l’aveuglement » des progressistes, mais la France ne peut pas être à la remorque des grandes puissances mondiales en matière de nouvelles technologies…

Dans une démocratie comme la nôtre, je suis stupéfait de voir qu’on est incapable de se poser la question du sens du progrès. C’est d’autant plus surprenant que ce débat a été une grande marque de fabrique intellectuelle de notre pays. Force est de constater que le débat politique – on le voit avec la 5G – a atteint un niveau d’idiotie et d’inculture incroyable. J’invite chacun à relire le discours de Georges Pompidou à Chicago en 1970. Devant les représentants de la société américaine, à une époque où personne ne s’interrogeait sur l’avancée technologique, le président de la République – de droite – explique avec force que toute modernité qui n’a ni sens ni cap, qui ne permet pas aux plus modestes de s’épanouir, qui ne concourt pas à une vision de justice sociale est une modernité dangereuse. La grande histoire de la droite républicaine a toujours été de ne pas être une feuille au vent de la modernité, d’interroger le sens des choses tout en portant l’innovation. Aujourd’hui, le politique a abandonné la volonté de donner du sens. Emmanuel Macron le premier. Il ne croit pas en la force de la politique. Pour lui, elle est là pour faire accepter la fatalité des choses.

Quand Emmanuel Macron parle « d’Amish », de retour à la « lampe à huile »… Qu’est-ce que cela dit de lui ?

Cela dit son inculture et son arrogance. Cela montre combien il fracture la société. Lorsqu’il fait référence aux philosophes des Lumières pour expliquer que tout élément de modernité est indiscutable et doit ainsi être accepté par tous, il tord l’Histoire ou ignore totalement ce qu’ont été les philosophes des Lumières. Il y a une forme d’immaturité intellectuelle chez Emmanuel Macron. Il ignore l’Histoire d’un pays, la France, qui a toujours eu pour obsession de donner du sens à l’évolution. Ce n’est pas une maladresse de sa part, c’est révélateur de son idéologie.

Faisons tomber les masques et allons jusqu’au bout de son cheminement, de ce qu’est, au fond, la pensée macronienne. On le qualifie souvent de progressiste, comme si cela était positif, mais derrière ce terme il y a un danger immense. La course effrénée d’Emmanuel Macron fait du politique un simple spectateur de l’évolution et mène jusqu’au transhumanisme. C’est-à-dire l’homme augmenté, membre d’une société où les seules règles sont celles fixées par la technologie et l’économie. La 5G n’est qu’un débat symbolique et, comme tout symbole, on doit en tirer un débat plus général. Sans doute est-ce là l’occasion pour la droite républicaine de renouer avec ce qui a fait son histoire. À Port-Marly, il y a quelques semaines, un très grand nombre de jeunes Les Républicains ont pris la parole pour dire à quel point ils souhaitaient que la croissance ait un sens, une signification.

La droite lance justement une « task force parlementaire » pour reprendre la main sur l’écologie, un sujet qu’elle avait esquivé des années durant. Comment comptez-vous faire ?

Le premier des objectifs, c’est de rappeler que la droite républicaine est celle qui a le plus fait, politiquement, pour l’écologie. Le premier ministère de l’Environnement, c’est Georges Pompidou. Il y a eu aussi le discours historique à Johannesburg de Jacques Chirac, le Grenelle de l’environnement de Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo, la création d’une commission du Développement durable à l’Assemblée par Christian Jacob. Les exemples sont légion, mais la droite a oublié de rappeler tout ce qu’elle a fait sur ce sujet. Or, elle n’a pas à rougir. Mais je crois surtout que la lutte pour la protection de l’environnement est l’occasion de lancer une nouvelle épopée. On a eu l’aérospatial, les grands programmes de recherche médicale, etc. L’équilibre entre le développement humain et la préservation de nos richesses naturelles peut permettre d’espérer que le monde de demain soit meilleur que celui d’aujourd’hui. On ne fera pas de coups d’éclat et de slogans, mais on proposera un véritable projet politique.

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Mais quand Damien Abad, le chef de file des députés LR, dit que « ce n’est pas à la gauche urbaine et bobo d’avoir le monopole » sur l’écologie, n’est-ce pas tout aussi arrogant que les mots d’Emmanuel Macron ?

Comme toute épopée, je pense que la défense de l’environnement donne l’occasion de rassembler les Français. Je n’utiliserai pas de mots qui divisent. Mais l’approche qui est faite aujourd’hui d’une écologie sectaire consiste à fabriquer des injustices sociales. N’est-ce pas dans les grandes villes et les beaux quartiers que l’on a le plus accès à une alimentation de qualité, que l’on circule aisément à vélo, etc. Ceux qui vivent en banlieue vivent dans la pollution, ont des difficultés d’accès à l’alimentation saine, aux transports, etc. La vision d’EELV exclut et fracture la société. Je ne veux pas dresser les uns contre les autres, je veux que le projet écologique de la droite rassemble.



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