« Ce n’est pas la première fois qu’on annonce la mort des villes. Je n’y crois pas du tout »


Lise Bourdeau-Lepage, géographe et économiste, professeure à l’université Jean-Moulin Lyon-III, s’intéresse depuis une dizaine d’années au bien-être et à la place de la nature en ville. Au cœur de la pandémie, elle a lancé sur Internet une enquête sur les effets du confinement sur le quotidien des Français.

Les résultats révèlent chez les citadins, majoritaires parmi les répondants, une aspiration très forte à une ville plus calme, plus verte, plus proche et riche en espaces de rencontre. Une attente déjà mise en avant par ses travaux antérieurs, à laquelle les villes vont devoir répondre de manière urgente, au risque d’être montrées du doigt, estime la chercheuse.

Vous avez, en tant que professeure de géographie à l’université Lyon-III, piloté une enquête sur les effets du confinement sur le quotidien des Français. Comment les citadins ont-ils vécu cette période ?

Nous avons lancé le 23 mars une enquête en ligne, afin d’essayer de comprendre comment les Français vivaient ce confinement : rythmes de vie, habitudes (courses, sport), relations sociales, mais aussi lieu de vie, situation face à l’emploi… Nous avons recueilli 13 000 réponses, dont une majorité venant d’urbains. Malgré une surreprésentation importante des femmes (deux tiers des réponses) et des diplômés (49 % des interviewés ont bac + 5 et plus), cette enquête nous donne des informations intéressantes sur la manière dont les citadins ont traversé cette période, et la réponse est : plutôt mal.

Le premier enseignement, c’est la chute de leur niveau de bien-être, liée à la contraction des interactions sociales, centrales pour les animaux grégaires que nous sommes. Ils sont nombreux – et, en particulier, nombreuses – à s’être déclarés plus tristes (42 % des hommes et 60 % des femmes), plus irritables (40 % des hommes et 52 % des femmes) mais aussi plus fatigués que d’habitude (la moitié des femmes et un peu plus d’un tiers des hommes). Un manque que le recours accru aux relations virtuelles (téléphone, visio) n’est pas parvenu à combler.

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Par ailleurs, les citadins qui passent d’ordinaire beaucoup de temps hors de chez eux ont pris conscience de l’exiguïté des logements – inadaptés au télétravail et à la gestion d’une forme de promiscuité familiale –, et du rôle central des lieux publics, bars, restaurants, parcs, et commerces.

Dans le même temps, la période s’est accompagnée d’une redécouverte du quartier, devenu l’eldorado des relations sociales. Près de la moitié des répondants ont exprimé leur soutien aux soignants, un tiers a aidé ses voisins, et une majorité a pris l’habitude de faire ses courses dans les commerces de proximité.

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