Comment Sam Davies fait de son Vendée Globe une course féministe et caritative


Durant l’un des derniers jours ensoleillés que septembre a bien voulu nous laisser, j’ai embarqué à Lorient sur le bateau Initiatives-Cœur de Samantha Davies, l’incroyable et impressionnante navigatrice qui s’apprête à prendre le départ de son troisième Vendée Globe le 8 novembre. Ses objectifs sont à la fois sportifs, féministes et caritatifs.

Je l’avais déjà interviewée dans les studios de madmoiZelle pour un épisode du podcast Conquérantes, qui fait parler les sportives, et j’étais ravie de la retrouver dans son milieu naturel : en mer.

À ses côtés cette année, Clarisse Cremer, Isabelle Joschke, Alexia Barrier, Pip Hare et Miranda Merron se tiendront également sur la ligne de départ, un record pour la course au large en solitaire la plus difficile du monde.

Un Vendée Globe historique

Le Vendée Globe est aussi appelé « l’Everest des mers », surnom qui illustre parfaitement l’inouïe difficulté de cette course autour de la Terre.

Sur les 167 participants depuis sa création en 1989, seuls 89 ont franchi la ligne d’arrivée, et pour cause ! Le Vendée Globe s’illustre comme la seule course à la voile autour du monde, sans équipage, sans escale, et sans assistance.

Mais la neuvième édition, celle qui larguera les amarres le 8 novembre, a un goût tout particulier : c’est la première fois qu’on compte autant de femmes au départ. Autrement dit, 6 sur 33 concurrents. En 2016, pour la huitième édition, aucune femme n’avait pris la mer.

Alors que nous voguions tranquillement à hauteur de dix nœuds (le bateau Initiatives-Cœur peut foncer jusqu’à trente-quatre), Sam Davies m’a donné son ressenti sur ce côté historique de la course :

C’est énorme ! Il n’y a que six femmes qui ont réussi à finir la course dans l’histoire du Vendée Globe. J’en suis une, et j’en suis fière !

Avec six femmes au départ, si on finit toutes la course, on va doubler le nombre de femmes à finir le Vendée Globe. C’est bien, c’est l’évolution du sport qui va vers la mixité. Ça montre un peu l’état de la course au large.

En plus, il y a trois filles avec le projet de faire de très bonnes performances : moi, Isabelle Joschke et Clarisse Cremer. On vient de faire deuxième, troisième et quatrième places sur Défi Azimut, une course ici à Lorient qui dure 48h. C’est une petite course, mais la dernière au large en solitaire avant le Vendée Globe, donc il y avait quasiment tous les favoris, les bateaux neufs…

On a fait un scoop énorme sur la course, puisqu’il y avait trois femmes dans les quatre premiers, et c’est la première fois que ça arrive. J’étais fière de ma deuxième place.

Avec Isa [Isabelle Joschke, NDLR], on est des concurrentes directes. Elle a un vieux bateau et des foils neufs [les foils sont des ailes positionnées et profilées de façon à générer, par leur déplacement dans l’eau, une force de portance qui agit sur le bateau, NDLR] comme moi, donc on est vraiment côte à côte. C’est chouette ! Mais ce qu’il manque, c’est une femme avec un bateau neuf.

Là, j’ai fait de beaux résultats, donc on me nomme dans les outisders qui peuvent faire peur aux bateaux neufs, mais on n’est pas encore à armes égales avec les hommes. La prochaine étape, c’est le bateau neuf. C’est un peu ma mission : si je fais un bon Vendée Globe, et les autres filles aussi, on montre qu’on mérite d’avoir aussi bien que les autres, pour vraiment se battre pour la victoire.

Plus qu’à fendre les vagues !

Samantha Davies, une guerrière au mental d’acier

Sam Davies à la barre d’Initiatives-Cœur ©Eloi Stichelbaut

Avant d’embarquer sur le bateau d’Initiatives-Cœur, je discute avec l’équipe qui entoure Sam et son bateau avant son départ. Tous les gens présnts sont unanimes : ils n’ont jamais croisé sportif ou sportive avec un mental aussi solide. En même temps, il en faut pour affronter les 80 jours seule au large, dans un bateau au confort spartiate qui n’offre qu’une heure et demie de sommeil d’affilée !

Son record actuel au Vendée Globe est de 95 jours, et lui a valu la quatrième place en 2008-2009. En 2012, elle est forcée d’abandonner la course pour démâtage. Pas question que ça se reproduise !

À son diplôme d’ingénieur de l’université de Cambridge, Sam ajoute ses capacités de stratège et nous dévoile son secret à bord : une armée de poulies qui lui facilite le rangement des voiles, et donc la vie.

La course au large, tout le monde en chie, même les plus grands, les plus costauds. C’est la force mentale et la stratégie qui font la différence. Je réfléchis beaucoup avec mon équipe technique pour réduire les difficultés physiques. Pour sortir une voile de la soute, on a installé un système de tyrolienne pour que ça glisse bien, que je n’aie pas besoin de lutter.

Il faut être intelligent et bien entouré pour compenser certaines déficiences physiques. Souvent, quand je navigue avec des garçons costauds, ils viennent me voir en me disant « il est génial ton système ! ». Eux, ils n’y pensent pas parce qu’ils ont de la force et ils y arrivent, mais ils perdent du temps et de l’énergie. Finalement parfois c’est bien d’accepter que physiquement on est moins fortes pour être plus stratégiques.

J’ai internet mais c’est pas de la 4G ni du WiFi… Je ne vais pas sur Facebook ou sur Netflix ! En revanche, j’aime bien lire, parce que ça me fait décrocher mais sans couper.

Pour écouter de la musique ou regarder un film, il faut monter le son et mettre le casque anti-bruit parce que le bateau est très bruyant. Le souci ? Quand il y a un problème, le premier signe est le changement de son et de vibrations dans le bateau, donc c’est stressant de ne pas pouvoir l’entendre. Mais on a envie de couper quand même !

Alors moi je lis, je m’évade de mon bateau, je rentre dans mon bouquin, et ça me repose mentalement.

Autre spécificité de ce Vendée Globe : c’est la première fois qu’un couple se fait face en compétition. Sam Davies et Romain Attanasio abordent très sereinement la chose. Avec toute l’humilité et la simplicité qui la caractérisent, Sam rappelle que c’est tout de même elle qui a le plus de chances de faire le meilleur temps :

Ce bateau est plus rapide que celui de Romain. C’est bien, parce que ça enlève de la compétitivité entre nous.

Je vais essayer de battre le temps d’Armel Le Cléac’h de 74 jours. Les bateaux neufs vont sûrement mettre quasiment une semaine de moins, mais je ne vais pas aussi vite que ceux-là. Cela dit, on a bien optimisé le nôtre, et je pense que c’est possible de battre ce record existant.

Je suis ravie qu’on ait chacun notre projet. En plus, c’était plus son rêve que le mien, le Vendée Globe, mais j’ai eu cette opportunité la première en 2008. On ne la refuse pas ! Il a donc vécu ça avec moi, et le dernier Vendée Globe en 2016, c’est lui qui l’a fait. C’était génial !

Moi je ne voulais pas partir parce que je venais de finir la Volvo Ocean Race [tour du monde en équipage, NDLR] et j’étais HS, mais lui est parti.

J’ai travaillé pour lui, j’étais son manager à terre, mais c’était un peu frustrant, même si je n’avais pas prévu de partir. On est plus heureux en mer que sur terre. Donc là, enfin, on part tous les deux, et chacun sur son projet, et on va profiter ! Même si niveau logistique dans la famille, c’est parfois compliqué, quand on veut faire quelque chose on trouve des solutions.

En effet, il y a ici une logistique familiale plus compliquée que pour les autres participants, puisque Sam s’avère être la seule mère à prendre le départ. Pour autant, ce n’est pas la première fois que son fils reste à Terre alors qu’elle parcourt les mers du monde :

La deuxième fois que je suis partie sur le Vendée Globe, mon fils avait à peine un an ! Les premiers mots qu’il avait appris à dire c’était « bye bye ». Mais bon, tant qu’il y avait quelqu’un pour lui donner à manger, lui faire des câlins et changer se couche, il s’en foutait. C’est la maman qui souffre beaucoup plus que l’enfant à cet âge-là.

C’est quand même plus dur maintenant parce qu’il se rend compte des choses et du temps, il est triste. Mais il sait qu’on est heureux, que c’est notre métier, donc il ne souffre pas.

Enfin, à l’approche du départ, elle me confie son état d’esprit serein de guerrière prête à affronter les océans du monde :

J’ai hâte. Hâte de partir. Je suis sereine, en confiance. J’ai coché toutes les cases, j’ai travaillé, je me suis entraînée, et là c’est bon. J’ai hâte.

Le double objectif de Sam Davies : défier les océans pour sauver les enfants

Initiatives-Cœur ©Yann Riou

Sur les voiles des bateaux du Vendée Globe se bousculent les sponsors : Hugo Boss, Charal, l’Occitane… Mais celui de Sam Davies, Initiatives-Cœur a ce petit supplément d’âme et utilise les siens à des fins caritatives, faisant de K-Line, Initiatives et Vinci Energies des sponsors-mécènes.

David, le manager du projet Initiatives-Cœur, explique l’opération « 1 clic = 1 cœur » qui se met en place pendant la course au profit de l’association Mécénat Chirurgie Cardiaque :

Ça permet à nos internautes de devenir acteurs du don. À chaque fois qu’un internaute like la page Facebook Initiatives-Cœur ou s’abonne à son compte Instagram, les sponsors du bateau, en tant que mécènes de l’association, donneront un euro.

Avec cette même dynamique, aujourd’hui on est à 600 000 sur Facebook et quasiment 50 000 sur Instagram. Depuis que le projet existe, 211 enfants ont pu être opérés donc 2,5 millions d’euros ont été levés pour le projet, au profit de Mécénat Chirurgie Cardiaque.

Cette année, notre objectif c’est de sauver 60 enfants, donc plus de 700 000 euros.

Le point commun des enfants opérés, c’est qu’ils sont issus de pays dans lesquels ils ne peuvent pas être pris en charge. La plupart viennent d’Afrique, certains d’Europe de l’Est, d’Asie aussi. La petite qui est sur la voile s’appelle Ardacha, et elle nous a rendu visite sur le village du Vendée Globe il y a quatre ans.

C’était génial parce qu’on l’a vue guérie. Quand ils arrivent ils peuvent pas courir, ils peuvent à peine marcher dans la rue sans faire des pauses, mais il repartent en courant dans tous les sens. Elle faisait des sauts sur le pont du bateau, elle était hyper souriante, joyeuse, belle !

Les années précédentes sur les réseaux sociaux, il y a eu des opérations spot, c’est-à-dire que pendant une semaine, les partenaires vont dire « si vous partagez ou commentez les posts, on fait une opération un clic, un euro ». Donc la base, c’est les abonnés, mais pour favoriser l’engagement il existe aussi des opérations spéciales.

Alors à vos abonnements sur la page Facebook et le compte Instagram !

Suivez Samantha Davies et Initiatives-Cœur sur le Vendée Globe

Sam Davies à bord d’Initiatives-Cœur ©Eloi Stichelbaut

À la fin de ma journée de marine novice, grisée par l’iode et toutes ces informations réjouissantes, j’ai senti l’urgence de suivre et soutenir l’incroyable projet de Samantha et son équipe.

David m’a alors informée de la parution prochaine de la série documentaire Au cœur du globe qui détaillera la préparation de Sam et qui la suivra aussi dans son aventure autour du monde :

Au cœur du Globe sera une série de 12 épisodes diffusée à partir du 20 octobre sur initiatives-coeur.fr. Ça sera vraiment une vision de l’intérieur de la préparation pour le Vendée Globe de différents points de vue, de celui de Sam, et des autres acteurs du projet.

Et puis une partie reste à écrire à partir du 8 novembre !

Sam ajoute alors :

Ça sera diffusé à la fois pendant mes aventures, et à mon retour. On filme sur le bateau et j’essaie d’envoyer les vidéos tous les jours pour raconter un peu la course. J’ai fait pas mal de formations pour bien filmer, bien monter… Ce n’est pas évident de bien transmettre les émotions, de bien raconter les histoires quand ce n’est pas ton métier.

David conclut notre entretien :

C’est ce qui est génial dans ce Vendée Globe, mais aussi ce qui est vrai dans beaucoup de sports d’aventure, c’est qu’au moment où on largue les amarres, on sait qu’il va se passer un tas de choses extraordinaires, mais on ne sait pas lesquelles. De très belles surprises, de très grosses désillusions… Il va s’écrire une histoire forcément hors normes mais on ne sait pas du tout laquelle.

Rendez-vous le 8 novembre pour le départ de la course, et avant sur les réseaux sociaux pour soutenir Initiatives-Cœur !

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