En Roumanie, des élections sur fond de coronavirus et de misère des hôpitaux


Patients abandonnés nus à même le sol d’un hôpital délabré, d’autres attendant des heures dans des couloirs qu’un lit se libère, incendie dans un service causant la mort de dix patients… « En Roumanie, il suffit de regarder la télévision pendant deux heures pour prendre peur », résume Cristian Mirea, 38 ans, qui attend, mercredi 2 décembre, dans le froid pour voir un médecin à l’hôpital Marius Nasta de Bucarest. Après avoir dû payer de sa poche un test – positif –, il s’inquiète de ses symptômes qui s’aggravent.

Comme beaucoup de Roumains, il a renoncé à voir son médecin généraliste, faute de pouvoir le joindre, et s’est rendu directement à l’hôpital, seul espoir malgré l’angoisse de ce chef d’entreprise. Ici, la directrice, Béatrice Mahler, assure « devoir ajouter chaque jour des lits » en transformant, par exemple, le vestiaire du personnel en dortoir accueillant désormais six patients collés les uns aux autres, mais elle peut encore au moins héberger tout le monde.

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Ce n’est pas le cas à Matei Bals, principal hôpital en maladies infectieuses de la capitale, où la situation est critique, comme l’ont révélé des vidéos postées sur Facebook montrant des malades sous oxygène allongés sur des sièges dans les couloirs. « Nous avons entre 20 et 30 patients qui doivent attendre jusqu’à vingt-quatre heures, dans la salle d’urgence, qu’un lit se libère », reconnaît le docteur Adrian Marinescu depuis la cour de l’hôpital. « Mais ils reçoivent tous les soins qu’ils méritent », promet-il. « Le système est au bord de l’effondrement, tous les hôpitaux qui sont capables de traiter le Covid sont pleins », dénonce pourtant Viorel Husanu, président du syndicat de personnel hospitalier Sanitas pour Bucarest.

Corruption et fuite des cerveaux

En pleine campagne pour les élections législatives du 6 décembre, la Roumanie redécouvre l’état effarant de certains de ses hôpitaux alors que le pays est durement touché par la deuxième vague de Covid-19, avec un record de 211 décès en vingt-quatre heures enregistrés jeudi 3 décembre. Dans un pays rongé par la corruption et la fuite des cerveaux, le système hospitalier concentre les deux maux à la fois.

Ses hôpitaux vieillissants se trouvent souvent dans un état déplorable, quasiment aucun n’a été érigé depuis 1990, malgré les milliards d’euros mis à disposition par l’Union européenne depuis l’élargissement de 2007. De son côté, le personnel médical a émigré massivement en Europe de l’Ouest, tandis qu’à tous les étages, les patients doivent encore souvent sortir du cash pour se faire soigner correctement.

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