« Entre la mi-mars et la mi-mai il y a eu deux millions d’actes, d’examens, d’opérations annulés, reportés, repoussés », alerte la Fédération hospitalière de France

La Fédération hospitalière de France évalue pour la première fois dans une étude l’impact du Covid-19 sur l’activité des hôpitaux. « On regarde ceux qui ont été victimes du virus mais aussi tous ceux qui auront été les oubliés, les victimes collatérales de cette épidémie », explique son président Frédéric Valletoux, dimanche 22 novembre sur franceinfo.

franceinfo : quelle a été l’ampleur du manque de suivi des soins pour des pathologies autres que le Covod-19 ?

Frédéric Valletoux : La Fédération hospitalière a publié des chiffres. Pendant la première vague de l’épidémie, entre la mi-mars et la mi-mai, il y a eu deux millions d’actes, d’examens, d’opérations qui ont été annulés, reportés, repoussés. C’est énorme. C’est du jamais vu. On a les chiffres que sur deux mois et on sait que pour certains patients, c’est une perte de chance, car ce sont des maladies détectées trop tardivement.

Ce sont des opérations qui pourtant étaient programmées et qu’on a été obligés de reporter de quelques semaines, voire de quelques mois. L’activité a été telle qu’on ne peut pas rattraper en quelques jours, semaines et même sur quelques mois, toute cette activité qui a été repoussée.

Vous avez quelques détails concernant ces chiffres ?

On sait que sur la chirurgie, cela représente moins 60% d’actes réalisés. Sur les coloscopies, il y a eu moins 90% d’actes qui ont été faits. On n’a quasiment plus fait de détection de cancers colorectaux pendant deux mois. On voit bien que pour toutes ces pathologies il y a eu un impact.

On a mis ces chiffres sur la table pour que lorsqu’on fera le bilan, on regarde ceux qui ont été victimes du virus mais aussi tous ceux qui auront été les oubliés, les victimes collatérales de cette épidémie liée à la nécessité de tourner les services hospitaliers très principalement vers les patients Covid au détriment d’autres pathologies. C’est une situation qui doit nous interroger pour l’avenir et sur l’organisation des soins. On manque de moyens, on manque de flexibilité et de capacité de s’adapter à des pics épidémiques.

Y-a-t-il des différences entre les régions ou selon qu’on habite en ville ou à la campagne ?

Il y a eu des différences liées au fait que pendant la première vague, les deux régions qui ont été les principaux foyers, le Grand Est et l’Ile-de-France ont davantage déprogrammé que les autres régions. Mais toutes les régions ont été affectées puisque la stratégie au printemps ça été quasiment de mettre à l’arrêt toutes les lignes hospitalières, même si les urgences ont continué à fonctionner, et tous ceux qui avaient besoin de soins urgents ont été pris en charge.

Globalement, tout ce qui pouvait être reporté l’a été. Conséquence, il y a des cancers qui sont traités beaucoup plus tard. Pour un cancer traité avec quatre mois de retard, on sait que les traitements sont plus lourds. Heureusement que pendant la deuxième vague on a su mieux accueillir les patients Covid et non-Covid. Il y a eu des déprogrammations mais elles sont moins nombreuses. Les hôpitaux auront résisté à cette épidémie mais à quel prix ! Au prix de la pénibilité et d’une grande surcharge de travail pour le personnel. Et pour certains patients, beaucoup de retard de prise en charge.



Source