Face au Covid-19, la Suède résiste à l’obligation du port du masque


Dans le hall de la gare à Malmö, au sud de la Suède, Elvira, 18 ans, arbore un masque en tissu noir. On la repère de loin. Autour d’elle, les voyageurs se déplacent sans protection. Skanetrafiken, la compagnie régionale de transports, propose pourtant, depuis le début de l’été, des masques gratuits. Au comptoir, derrière une plaque de plexiglas, un employé assure que les stocks sont presque épuisés. Les clients font des provisions. Mais rares sont ceux qui portent le masque.

Car en Suède, il n’est toujours pas obligatoire et son usage n’est même pas recommandé par les autorités sanitaires, sauf pour les professionnels de la santé. Elvira ne comprend pas. Elle rentre du Kosovo, où elle a passé l’été. Le masque y est obligatoire dans les transports en commun. A son retour, elle a décidé de le garder. On la dévisage : « C’est comme si je provoquais. Les gens n’ont pas l’air de réaliser que la Suède est une exception. »

Cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’à la mi-août, le masque n’était pas non plus obligatoire dans les autres pays nordiques. Mais craignant une recrudescence des cas, les gouvernements finlandais, norvégiens et danois ont décidé de l’imposer dans les transports collectifs. « La Suède se retrouve donc seule, avec la Somalie et le Yémen », raille Anders Vahlne, professeur en virologie clinique. Il fait partie du groupe d’une quarantaine de chercheurs, aujourd’hui rassemblés en association, qui critiquent la stratégie suédoise.

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« Un marathon et pas un sprint »

Au printemps, le royaume scandinave s’était déjà distingué en prenant le parti de ne pas confiner sa population. Crèches, écoles et collèges sont restés ouverts, de même que les lieux publics. Arguant que la pandémie était « un marathon et pas un sprint », les autorités ont privilégié les recommandations aux obligations et interdictions, jugées moins facilement acceptables sur la durée.

Depuis, 85 411 personnes ont été testées positives au coronavirus et 5 806 sont décédées, dans le pays de 10,3 millions d’habitants (près de 57 morts pour 100 000 habitants, contre 45 en France ou 11 dans le Danemark voisin). Plus de la moitié résidait dans un établissement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Selon l’Institut de la statistique (SCB), le premier semestre 2020, avec une surmortalité de 10 %, a été le plus meurtrier en Suède depuis 1869.

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Après une forte hausse des cas avant l’été, due en partie à l’augmentation des tests, le reflux s’est enfin amorcé mi-juillet. Jeudi 20 août, il n’y avait plus que 29 patients en réanimation (contre 545 au plus fort de l’épidémie, le 24 avril). Le nombre de nouveaux cas lui reste stable (environ 20 pour 100 000 habitants sur une semaine), tandis que seulement un ou deux décès sont enregistrés chaque jour.

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