Faketivisme : quand les stars s’engagent contre le racisme, gare à l’opportunisme


Certaines personnalités ont été vivement critiquées concernant leurs réactions au mouvement Black Lives Matter jugées trop superficielles voire même hypocrites. De quoi interroger sur la sincérité et les véritables intentions de ces stars. 

Depuis le meurtre de Georges Floyd, des voix de tous horizons s’élèvent afin de dénoncer et de lutter contre les violences policières et le racisme systémique. Un moyen également de relancer les combats visant à obtenir justice pour toutes ces personnes noires ou racisées tuées injustement par la police, à l’image de Breonna Taylor, Sean Reed, Ahmaud Arbery ou encore Adama Traoré en France pour ne citer qu’eux.

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Un élan de solidarité auquel ont pris part de nombreuses personnalités publiques avec plus ou moins de spontanéité et de sincérité. Face à certaines réactions, dans un royaume où tout n’est qu’image, il est en effet difficile de ne pas s’interroger sur la récupération de cette cause à des fins marketing.  Et de se demander si certaines stars n’auraient pas mieux de réfléchir à deux fois avant de se laisser aller à un faketivism éhonté.

L’affaire Lea Michele en est la parfaite illustration. Comme nombreux de ses collègues people, l’ex star de la série Glee, y est elle aussi allée de son tweet de soutien adressé à la communauté Afro-Américaine : « George Floyd ne le méritait pas. Ce n’était pas un incident isolé et cela doit prendre fin. #BlackLivesMatter ». Un message qui a fait tiquer plusieurs anciens acteurs de la série musicale. Ces derniers pour la plupart noirs, n’ont pas manqué d’accuser Lea Michele d’hypocrisie en lui rappelant les comportements et les propos problématiques qu’elle aurait eu sur les tournages du show.

C’est Samantha Ware qui a été la première à lui répondre : « souviens-toi quand tu as fait de mes débuts un enfer vivant(…)Je crois que tu avais dit à tout le monde que si tu en avais l’opportunité, tu aurais « chié dans ma perruque ». Parmi d’autres micro-agressions traumatiques qui m’ont fait remettre en question ma carrière à Hollywood ». Des déclarations soutenues par les actrices Alex Newell et Amber Riley  qui y ont réagi via des gifs remplis de sous-entendus. « Tu ne me laissais pas m’asseoir à table avec les autres membres du casting car tu disais que « ce n’était pas ma place ». Va te faire voir Lea. » a témoigné de son côté l’acteur Dabier Snell.

Le faketivism, qu’est ce que c’est ? 

Les internautes, témoins de ces dénonciations publiques, en ont alors profité pour pointer du doigt l’activisme de surface de certaines personnalités qualifiées de « faketivist« . Ce néologisme, contraction de « fake » (faux) et de « activist » (activiste) désigne selon le site Urbandictionary : « une personne qui donne l’impression en apparence d’être activiste en faveur d’une cause mais qui ne fait en réalité rien de plus pour agir ».

De l’opportunisme en somme, à une époque où il semble être préférable stratégiquement parlant, lorsqu’on est une célébrité, de surfer sur la vague de l’activisme, pour se faire bien voir ou pour redorer son blason. Une théorie confirmée par Manon, alias Dairing Tia sur Youtube. Dans ses vidéos, la jeune femme, analyse régulièrement les bad buzz qui agitent la planète people. Auprès de ses 200 000 abonnés, elle aborde également de façon décomplexée, des sujets de société comme celui des violences policières, de l’appropriation culturelle, ou encore du white privilege : « on peut carrément dire que le militantisme est  devenu un outil marketing ! » affirme t-elle « mais je vois ça d’un œil hyper méprisant, parce que l’activisme et le militantisme ne sont ni des modes, ni des phases. D’un autre côté est-ce vraiment étonnant ? Ces personnes-là, qu’il s’agisse de stars d’Hollywood ou d’influenceurs, cherchent à être aimées du grand public, et ce sont des occasions rêvées pour elles ».

Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à voir l’exemple des stars ou des influenceurs qui sont restés silencieux ou qui ont tardé à esquisser une réaction face à l’actualité dramatique. Beaucoup se sont fait critiqués et ont perdus des abonnés. « J’ai moi-même dû me résoudre à unfollow certaines personnes, nous confie Manon, qu’on ne se sente pas légitime c’est une chose, mais qu’on décide de faire l’autruche même 2 semaines après, je prends ça pour un profond manque de respect ».

On imagine alors que certaines stars ont du se voir contraintes de sortir de leur bulle afin de se reconnecter à la réalité en raison des sollicitations de leurs fans ou peut-être même de la pression de leur management. Il n’empêche que le manque de naturel dans leur démarche et leur manque d’éducation sur le sujet ne s’est fait que ressentir. Résultat ? Un festival de réactions qui posent question : Madonna qui a jugé bon de faire danser son fils noir sur du Michael Jackson pour rendre hommage à Georges Floyd, ou encore la rédactrice mode Carine Roitfeld et sa démonstration de colorblindness, dans la légende d’une photo d’elle enlaçant le mannequin noire Anok Yai : « Anok n’est pas une femme noire, c’est mon amie ». Même dans un contexte aussi grave, certain.e.s personnalités ont tenté d’apporter une dimension esthétique à leur « activisme ». Une influenceuse a ainsi dû s’excuser après avoir illustré son texte de soutien d’une jolie photo de livres mis en scène, dont les couvertures avaient été retouchées pour y inscrire la citation « I can’t breath » (avec une faute d’orthographe en prime…).

C’est sans compter, les prises de paroles aussi hésitantes que complètement maladroites et confuses. Les « actions » qui s’apparentent plus à des tendances que l’on suit sans réfléchir, qui demeurent malheureusement très superficielles, de courte durée, et qui ne fournissent presque aucune info sur le contexte. C’est aussi ça le faketivism, penser par exemple qu’il est suffisant « pour faire genre » de poster un carré noir sur son compte Instagram à l’occasion du #blackoutuesday, ou de partager des chaînes de noms taggués dans sa story pour sensibiliser au racisme et aux violences policières. Manon se veut d’ailleurs également plutôt dubitative à propos de ces platitudes bien pensantes: « le #blackouttuesday était à mon sens un sacré pavé dans la mare. Cette idée de tout stopper pendant 24h était vraiment louable, mais ça a donné l’opportunité à trop de personnes de ne se contenter que de ça, et de reprendre leur train-train comme si ce carré noir était un challenge comme un autre ».

Du militantisme en carton 

Même les manifestations et les mouvements de protestations qui se sont tenus aux quatre coins du monde, auraient fait l’objet d’une récupération abjecte de la part de starlettes visiblement à la recherche d’attention. La chanteuse et mannequin Madison Beer a été accusée d’avoir fait venir des paparazzis pour la photographier en train de manifester à Los Angeles. Accusations qu’elle a démenties. Des vidéos ont aussi beaucoup tourné sur le web montrant des influenceuses, habillées comme pour se rendre au festival Coachella, posant, pancarte à la main, en plein milieu d’un cortège de manifestants. A ce sujet, Manon ne cache pas sa déception et admet avoir « un sourire amer » quand elle voit « certaines personnalités connues quitter les manifestations au bout d’une vingtaine de minutes ». « Je me dis qu’au moins, même en faisant semblant, ils auront été un peu là malgré tout » concède toutefois la Youtubeuse.

Pourquoi est il important que les stars s’engagent ?

Fort heureusement, toutes les stars ne sont pas à blâmer et il faut aussi souligner les initiatives positives de nombreuses célébrités racisées comme blanches, qui ont su faire bon usage de leur plate-forme, de leur influence ou de leur privilège afin de rendre service à la cause. Que ce soit à travers des dons financiers, en s’en prenant directement aux politiques, aux marques, en partageant des pétitions, en participant activement aux manifs…

On retiendra le discours puissant de l’acteur de Star Wars, John Boyega qui s’est dit prêt à mettre en péril sa carrière pour défendre la cause noire. Si on pourrait regretter les prises de conscience un peu tardives de certains people, l’important est qu’elles finissent par intervenir et qu’elles donnent lieu à des conversations nécessaires jusqu’à lors peu abordées. Car même si on ne doit pas attendre des stars qu’elles nous dictent comment agir, leur influence et leurs gigantesques communautés leur imputent forcément une certaine responsabilité en matière d’éducation des consciences. Encore plus quand on sait que nombre d’entre elles ont construit leurs carrières sur des codes empruntés à la communauté noire. Selon Manon : « le bon comportement pour se positionner en tant qu’allié.e.s c’est surtout de se renseigner sur ces différents sujets » mais aussi de « partager du contenu relatif à ces causes car c’est ce qui permet d’éveiller les consciences, et de montrer que le combat continue ».

On apprécie donc voir une Billie Eilish fustiger contre les partisans du « All lives Matter » et parler avec justesse d’un problème qui ne la concerne pas directement. Ou encore voir se dessiner des initiatives comme la campagne #ShareTheMicNow, où des célébrités blanches font don de leur compte Instagram le temps d’une journée à des personnalités noires afin qu’elles puissent y diffuser des messages.

En fin de compte, la réelle sincérité des personnalités publiques se définira dans la pérennité de leurs actions, puisque la lutte contre le racisme n’est pas l’affaire d’une journée, ni d’une semaine, il s’agit d’un combat permanent.

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