« Il va falloir inventer de nouvelles façons de faire la fête », estime une adjointe au maire de Montreuil


La ville a porté plainte contre les organisateurs de « free-party » car « le cadre ne respectait aucune des règles et aucune éthique » en matière sanitaire, explique Loline Bertin, adjointe à la tranquillité publique et vie nocturne.

Alors que se développent des « free-party » et autres événements non-autorisés, plusieurs municipalités affichent leur inquiétude, notamment face au risque sanitaire lié au coronavirus. Mais alors que les boîtes de nuit n’ont pas rouvert, et que de nombreux événements de l’été ont été annulés, « il va falloir inventer de nouvelles façons de faire la fête », a estimé dimanche 2 août sur franceinfo Loline Bertin, adjointe au maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis) à la tranquillité publique et vie nocturne.

franceinfo : Les municipalités sont-elles désarmées face à ce genre d’événements sauvages ?

Loline Bertin : On est face à un phénomène qu’on connaissait moins auparavant, et qui s’explique : on le comprend par le besoin de se retrouver, de faire la fête dans un cadre post-confinement, où les événements traditionnels de l’été ont été annulés, où les boîtes de nuit n’ont pas rouvert. Il faut donc apporter des réponses nouvelles : notre devoir est d’accompagner le monde de la nuit, dans le respect des règles, induites d’abord par la crise sanitaire que l’on vit, et puis par la tranquillité des riverains et le respect de l’environnement.

Pourquoi la ville de Montreuil a-t-elle annoncé qu’elle porterait plainte systématiquement à la suite de ce genre d’événements ?

On a déposé plainte contre les organisateurs à chaque occurrence de « free-party » dans le parc des Beaumonts. On ne l’a pas fait par gaieté de coeur ou car on ne comprend pas ce besoin de faire la fête, mais tout simplement car le cadre ne respectait aucune des règles et aucune éthique en la matière. D’abord pour les riverains qui ont été privés de sommeil une nuit entière – on est dans une zone très dense, pas du tout adaptée à ce genre de nuisances sonores. Pour des raisons environnementales aussi, puisqu’on est sur un parc Natura 2000, avec des écosystèmes, une biodiversité qu’on essaie de protéger et qui ont été extrêmement perturbés et endommagés par l’organisation de ces fêtes. Pour les déchets abandonnés sur place le lendemain matin, et puis bien sûr pour le risque sanitaire et la crainte d’une recrudescence de l’épidémie via des contaminations en masse.

Comment encadrer ce genre de fêtes ?

D’abord, on a commencé à apporter des premières réponses dès le début de la sortie de confinement, avec les extensions-créations de terrasses, qui avaient pour but de donner des espaces, des lieux pour se retrouver en plein air, en limitant les risques. Aujourd’hui, il va falloir apprendre à faire la fête différemment, en extérieur avec les terrasses de façon moins nombreuses. Aujourd’hui on a toujours une jauge, y compris pour les événements comme les mariages. Forcément, ça va se répercuter sur les fêtes de cette nature.

Il faut qu’on accompagne le milieu dans la transition qui s’annonce, puisque ça risque de durer. Loline Bertin, adjointe au maire de Montreuilà franceinfo

La prévention des risques a toujours fait partie du monde de la nuit, du monde de la fête, là la crise sanitaire constitue un nouveau risque à intégrer aux réflexions, il va falloir les accompagner là-dedans. J’espère qu’il y aura un accompagnement national, y compris économique et financier, pour ces acteurs. Il va falloir inventer de nouvelles façons de faire la fête.

La municipalité de Montreuil pourrait-elle travailler main dans la main avec un organisateur de soirées ?

Bien sûr, d’ailleurs c’est une main que nous avons voulu tendre dès les premières occurrences. On est à l’écoute de ce milieu et des organisateurs, pour organiser des événements qui seraient respectueux du cadre, de l’environnement, et surtout qui ne feraient pas courir de risque sanitaire, sachant qu’on est dans un contexte de rebond de l’épidémie. À Montreuil, nous avons dû fermer deux équipements publics cette semaine pour cause de contaminations et de mini-clusters. On est très prudents là-dessus. Si l’on devait organiser quelque chose, ce serait uniquement sous réserve de ne pas prendre de risque sanitaire.



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