Interview : Isabel Marant, l’ode à la vie


ELLE. Pourquoi n’avez-vous pas opté pour des présentations digitales ?

Isabel Marant. Au départ, je ne voulais rien faire, l’idée de confiner mes invités dans un espace clos me mettait mal à l’aise. Puis j’ai compris que je ne pouvais pas me passer de ce contact humain. Un défilé reste le meilleur moyen de partager le travail d’un créateur mais aussi de ses équipes, des fournisseurs et de tous ceux qui interviennent sur un show. 

ELLE. Que répondez-vous à ceux qui ont pu trouver l’événement déplacé ?

Isabel Marant. Je comprends que cette meute déchaînée, collée serrée, ait pu choquer. Mais il faut savoir que la préparation du show s’est faite dans le respect des règles sanitaires, avec des prises de température constantes et le port du masque obligatoire. Jamais, aucun des trente-deux danseurs n’a été déclaré malade. Certes, leurs enlacements sur scène ont bravé tous les interdits, mais n’est-ce pas quand on se sent le plus fragilisé qu’on a besoin de solidarité ? Je préfère qu’on se prenne dans les bras pour dire qu’on s’aime au lieu de se méfier les uns des autres.                                                              

ELLE. Le show était inspiré des années 1980. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

Isabel Marant. Une époque bénie, pleine d’insouciance et de liberté. On pouvait tout dire sans que cela fasse un scandale. J’ai eu envie de dégager la même énergie. En mode, cela passe par une pro-fusion de couleurs gaies, pimpantes. Ma façon de montrer une mode positive et ludique.                

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© Daniele Oberrauch/Imaxtree

ELLE. Craignez-vous que cette crise ne rende la notion même de mode démodée ?

Isabel Marant. J’ai passé les derniers mois avec mon mari et mon fils de 17 ans. Une parenthèse qui a sonné l’heure des grandes interrogations. Oui, le temps est venu de bâtir un nouveau monde plus inclusif, écoresponsable et avec moins d’inégalités. La mode a un vaste chantier devant elle. Et même si nous devons faire très attention à ce que nous consommons, rien ne remplacera le bonheur que procure le port d’un vêtement nouveau. Cela m’aide à me réconcilier avec mon métier.



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