« Je n’ai jamais été à un niveau aussi bon à cette époque de l’année »

Il est celui qui doit porter la natation française à bout de bras jusqu’aux Jeux Olympiques de Tokyo l’an prochain : Florent Manaudou dispute dimanche 22 novembre la finale de la deuxième saison de la Ligue internationale de natation (ISL), qui se déroule à Budapest. Il va tenter de décrocher sa qualification pour les JO.

À franceinfo, Florent Manaudou confie tourner en rond. Cela fait six semaines qu’il est arrivé en Hongrie pour disputer l’ISL, confiné comme tous les nageurs. Nous le retrouvons dans sa chambre d’un hôtel de l’île Marguerite, à Budapest, où la semaine dernière il a fêté, seul, ses 30 ans. L’ISL, dont il avait remporté la première édition avec son équipe Energy Standard, était, avec les JO, l’un des objectifs de sa saison. Par la force des choses, c’est devenu son unique ambition de l’année.

franceinfo : cela fait un mois et demi que vous êtes à Budapest. Est-ce que cette situation commence à peser ?

Florent Manaudou : six semaines au même endroit à voir un hôtel et une piscine, ce n’est pas très fun. On ne fait pas grand-chose, il ne fait pas forcément beau, on ne peut pas sortir. Au bout d’un certain temps, ça commence à être un petit peu dur. Je suis quelqu’un qui a besoin de se ressourcer auprès de sa famille et de ses amis pour avoir envie. Certains se régalent. Pour d’autres, c’est très dur. On fait tous de notre mieux pour essayer de gagner à la fin. Je suis revenu pour faire cette ISL et pour faire les Jeux, donc c’est bien qu’on puisse faire des compétitions malgré le contexte. Surtout que le niveau moyen est plutôt élevé.

Vous avez d’ailleurs fêté vos 30 ans tout seul à Budapest, le 12 novembre dernier…

C’est génial (rires). Mais j’ai eu un très beau cadeau. J’ai eu un montage vidéo de dix minutes de ma famille et de mes amis. D’un côté, ça fait chaud au coeur, recevoir un peu d’amour dans ces moments difficiles, c’est cool. Mais le fêter sur le lit de ma chambre d’hôtel, ce n’est pas idéal et ça m’a donné un petit coup derrière la tête en me disant : j’ai envie de rentrer et de voir mes potes. Au final, le poids des années n’est pas trop dur à porter.

Avec le report des Jeux de Tokyo, l’ISL est la seule compétition maintenue de l’année. Sinon, ça aurait été une saison blanche pour vous ?

On n’a pas fait de compétitions pendant huit mois. La dernière, c’était fin janvier. Certains de mes collègues à Marseille n’ont toujours pas refait de compétitions. Nous avons la chance de retrouver des automatismes. Huit mois sans nager, c’est long. L’entraînement, ce n’est pas forcément drôle tous les jours. Et quand on est à l’entraînement, on n’a pas forcément de belles surprises alors qu’en compétition, on peut se surprendre. Sans cette ISL, ça aurait été plus compliqué pour moi.

Même si c’est dans un contexte hors-normes, avec ces tribunes vides ?

Ce côté supporters manque un petit peu mais on n’a pas vraiment le choix. Au moins, on peut faire notre métier. Moi qui regarde un peu le handball, je vois que beaucoup de matches sont reportés. Le sport, c’est aussi un spectacle et faire un spectacle dans une piscine vide, c’est un peu compliqué.

À quel niveau estimez-vous être en ce moment ?

Je n’ai jamais été à un niveau aussi bon à cette époque de l’année mais je n’ai jamais fait de compétition à un niveau aussi élevé à cette période de l’année. C’est donc difficile de comparer. Depuis que je suis revenu à la compétition, j’ai fait mes meilleurs temps, c’est plutôt satisfaisant. Il me manque encore quelques petits trucs pour être au meilleur niveau que j’avais en 2014 et 2015. J’espère y arriver et le dépasser très vite.

Le duel avec l’Américain Caeleb Dressel est-il lancé ?

Je n’ai pas nagé aussi vite depuis six ans mais c’est vrai que s’il continue à progresser comme ça, ça peut être compliqué. Mais il peut faire une erreur dans une course. Pour l’instant, c’est lui qui a la meilleure performance de l’année sur 50m et 100m. Il continue sur sa belle lancée amorcée en 2017. C’est un sportif extraordinaire, je vais essayer de le battre.

Et la suite pour vous, à quoi va-t-elle ressembler ? Est-ce difficile de se projeter dans le contexte actuel ?

Je vais essayer de rentrer à Marseille et m’entraîner un peu pendant deux semaines. Il y aura les championnats de France en grand bassin. Après je ne sais pas, je n’ai aucune idée de ce qui va se passer à partir de janvier. Il faut prendre des décisions au dernier moment. Je commencerai à penser aux Jeux juste avant les championnats de France de décembre. C’est dur de se projeter quand on est dans une bulle comme ici. Pour l’instant, j’ai juste hâte de rentrer.



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