La charge de Xavier Bertrand devant la commission d’enquête sur le Covid-19


Une voix de velours mais des mots tranchants comme l’acier. Auditionné à son tour, jeudi 2 juillet, par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, l’ancien ministre de la santé, Xavier Bertrand, a livré un réquisitoire contre la gestion de l’épidémie du Covid-19 par le gouvernement. Le président de la région des Hauts-de-France a également expliqué comment, selon lui, l’Etat s’était lentement mais sûrement désarmé face au risque d’une pandémie au cours des huit dernières années.

C’est lors de son premier passage avenue de Ségur, entre 2005 et 2007, que Xavier Bertrand prend conscience que le pays n’est pas prêt à affronter une crise d’ampleur. Il s’emploie alors à constituer un stock de masques de protection, créé l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) et lance en 2005 le premier « plan pandémie ». « Quand des techniciens viennent dire à un jeune ministre que tout est paré, il faut quand même se méfier », s’amuse-t-il, en expliquant qu’il leur a demandé de revoir leur copie après en avoir discuté avec deux hospitaliers réputés.

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A cette époque, raconte-t-il, des commandes de masques « très importantes » ont été passées à des entreprises françaises, avec des garanties dans la durée. « Il y avait une volonté politique », a souligné l’actuel président de la région Hauts-de-France, insistant sur l’indispensable souveraineté française en la matière.

Pour expliquer ce choix, Xavier Bertrand a notamment rapporté aux députés son échange avec le ministre chinois de la santé, en 2005, alors que le monde s’inquiète d’une possible pandémie de grippe H5N1. « Il me dit : “Soyons très clairs : si jamais nous sommes dans une situation pandémique, les masques, on les gardera” », a-t-il raconté, bien loin du témoignage deux jours plus tôt d’Agnès Buzyn, qui a reconnu devant la commission d’enquête avoir découvert avec « surprise » que les masques ou les matières premières servant à la fabrication des surblouses étaient produits en Chine.

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« Tu as carte blanche, il faut qu’on soit préparés »

A l’époque, poursuit Bertrand, la contrainte budgétaire n’est pas pour autant absente de l’équation : « Est-ce que ça ne va pas coûter trop cher, tout ça ? », est déjà une question obsédante. Mais « Chirac me disait : “Tu as carte blanche. Il faut qu’on soit préparés” », a raconté Xavier Bertrand, soulignant ainsi que les responsabilités sont à chercher au plus haut niveau de l’Etat et non pas dans les arcanes de l’administration. Quand intervient en 2009 la pandémie de grippe A (H1-N1) – Roselyne Bachelot se trouve alors au ministère de la santé – « la France n’a manqué de rien », parce qu’elle était « préparée », « c’est un fait », martèle-t-il devant les députés.

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