Le fonds de relance européen profitera surtout à l’Est et au Sud


Pour la construction européenne, c’est un pas symbolique immense. Adopté par les dirigeants européens le 21 juillet après d’âpres négociations, le fonds de relance européen de 750 milliards d’euros aidera les 27 pays membres à faire face à la plus grave récession traversée par le continent depuis l’après-guerre. « C’est un soutien bienvenu et un geste politique important, souligne Bert Colijn, économiste chez ING. Pour autant, il ne faut pas en attendre des miracles pour la croissance. »

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D’abord, parce que les sommes concernées – 360 milliards d’euros de prêts remboursables et 390 milliards d’euros de subventions, en comptant également les lignes du budget pluriannuel – ne seront versées qu’en 2021. Soit un peu tard au regard de l’urgence, estiment nombre d’économistes. Principalement pour les pays les plus fragilisés. Auparavant, les gouvernements devront présenter leurs plans de dépenses et de réformes à la Commission européenne – ils devront notamment favoriser la transition écologique et la révolution numérique, conformément aux objectifs communs. « Il s’agira en grande partie d’investissements qui, le temps d’être mis en œuvre, n’auront pas un effet immédiat sur l’activité », remarque Charles-Henri Colombier, spécialiste de la zone euro chez Rexecode.

Effet d’entraînement

Surtout : ces 750 milliards représentent un peu moins de 6 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Union européenne (UE). « C’est un montant conséquent, bien sûr, commente Daniela Ordonez, chez Oxford Economics. Mais cela ne compensera qu’un quart seulement de la perte d’activité historique enregistrée dans l’UE », calcule-t-elle, rappelant qu’aux Etats-Unis, le plan de relance culmine à 2 000 milliards de dollars (1 689 milliards d’euros).

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Dans le détail, les pays d’Europe centrale et du Sud devraient être les premiers bénéficiaires directs des subventions. A commencer par la Croatie, la Bulgarie et la Grèce, où les transferts devraient dépasser l’équivalent de 6 % du PIB les deux premières années, selon les estimations des économistes d’ING. Ils seront d’environ 4 % du PIB au Portugal et en Roumanie, 3,5 % du PIB en Pologne et en Espagne, 2,5 % en Italie, et moins de 1 % en France, en Allemagne et aux Pays-Bas.

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Toute la question est de savoir quels effets d’entraînement ces subventions auront sur l’activité des pays concernés. « Cela dépend, entre autres, du degré d’ouverture au commerce extérieur, de la spécialisation économique et du potentiel de croissance », détaille Ludovic Subran, chef économiste d’Allianz. Selon ses calculs, le plan de relance gonflera la croissance des Etats européens de 0,3 point supplémentaire de PIB par an, en moyenne, pendant cinq ans. L’effet sera d’environ 0,2 point en Allemagne et aux Pays-Bas : « Ces économies, où les exportations pèsent un poids important, profiteront surtout de l’amélioration de la conjoncture chez leurs partenaires », analyse M. Subran. L’Europe centrale, où l’effet d’entraînement avoisinerait 0,6 point, bénéficiera également à plein des investissements dans les infrastructures liés au plan.

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