le terrorisme et ses conséquences, enjeux majeur du scrutin

Près de huit millions de Burkinabés sont appelés aux urnes dimanche 22 novembre pour élire leur président et renouveler leur Assemblée nationale. Mais dans le nord du pays notamment, le scrutin ne pourra pas se dérouler normalement, en raison de la menace jihadiste. On estime à un million le nombre d’électeurs qui ne pourront pas s’exprimer à cause de cette insécurité.

franceinfo s’est rendu dans la ville de Kaya, où vivent depuis des mois celles et ceux qui ont fui leur village à cause des attaques terroristes. Ils sont environ 300 000 déplacés. Tous racontent la même histoire : celle des aiguilles du temps qui s’arrêtent. « L’attaque a été menée le 25 juillet 2020 dans notre village », raconte Mokhtar, qui ferme les yeux pour décrire comment les jihadistes ont tué 20 personnes de son village. « Mon propre grand-père est tombé devant moi. Si on te trouve, on ne te laisse pas, tu es cadavre », raconte-t-il avec émotion.

Dans un autre village, au nord de Kaya, Amema se souvient elle aussi du présent qui se fige, de sa peur. Son grand frère tué à la nuit tombée, elle se mettant à courir dans le noir sans rien voir. Au-delà même de la région de Kaya, cette angoisse est partout, entretenue, comme nous l’explique Emmanuel, par des jihadistes inconnus et la plupart du temps invisibles : « On les voit arriver brusquement dans les villages. Moi j’ai perdu plus de 20 petits frères au village. Ils sont venus tirer, ils ont tué, ils continuent de tirer. »

« Ils continuent de chasser. Je ne sais pas où ils sont. Je ne sais pas qui ils sont, c’est déplorable pour nous. »

Emmanuel, villageois du nord du Burkina Faso

à franceinfo

Femmes, hommes, enfants porteront cette même impuissance à l’image d’une centaine d’enfants d’écoliers, croisés sagement assis sous un arbre avec leur professeur. « Ce sont des enfants qui ont eu des difficultés dans leur village, donc il faut en quelque sorte le social pour pouvoir les comprendre d’abord, explique l’enseignant. Il y a des enfants qui ont vécu des situations pas possibles. Certains ont même vu leurs parents se faire tuer. Il faut un enseignement particulier pour pouvoir les réinsérer dans la société. »

C’est cela aussi l’un des enjeux de l’élection présidentielle, faire que ce million de déplacés burkinabés surmontent les épreuves du jihadisme et puissent enfin rentrer chez eux.


Au Burkina Faso, les déplacés de Kaya



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