les litiges entre employeurs et salariés pourraient se multiplier


Pour Annie (prénom modifié), 38 ans, le monde de demain s’annonce sombre. Noir, même, noir du deuil de son mari, Daniel, agent de sécurité chez Fiducial Private Security, mort des suites du Covid-19, le 5 juin. Il laisse sept enfants. Aide-soignante dans un Ehpad, Annie doit, dit-elle, « gérer les enfants, dont le plus jeune n’arrête pas de pleurer et a refusé de retourner à l’école car, d’habitude, c’était son père qui l’y emmenait ».

En arrêt de travail depuis le 23 mars pour garder ses enfants, elle n’a pas encore repris son poste. « Je ne me sens pas prête psychologiquement. » Fiducial lui a proposé, par mail, le 9 juin, le « soutien d’une assistante sociale » et d’une « aide psychologique », en lui adressant ses « sincères condoléances » et l’assurant « être à [ses] côtés ». « Ce ne sont que des mots. Je n’ai eu aucun contact depuis ce mail, aucun appel. »

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Estimant que son mari « n’avait pas de protection » contre le virus à son travail, au vu d’un rapport de visite de son poste réalisé par la CGT, Annie a décidé, le 24 juin, de s’associer, ainsi que la famille d’un autre agent de sécurité gravement atteint par le Covid, à la plainte pénale déposée par les syndicats CGT Prévention et sécurité de Paris et du Rhône, le 8 avril, auprès du procureur de la République du tribunal de Nanterre. Elle vise la société Fiducial Private Security et ses représentants légaux, ainsi que ces derniers à « titre personnel, en leur qualité de personne physique ».

« Cas de force majeure »

Les faits ciblés sont la mise en danger de la vie d’autrui et l’atteinte involontaire à l’intégrité physique et psychique de la personne. L’inspection du travail avait dû, le 1er mars, à Villeurbanne (Rhône), et le 1er avril, dans l’Essonne, rappeler l’employeur à l’ordre sur ses obligations en matière de prévention et de sécurité. « La société a fait librement le choix de poursuivre son activité économique, mais sans pour autant prendre les mesures nécessaires pour remplir son obligation légale et réglementaire » de protéger la santé et la sécurité de son personnel, peut-on lire dans la plainte. Etant donné que les gestes barrières « étaient incompatibles avec les fonctions exercées par la plupart des agents de sécurité » (palpation, échanges de documents…), « la seule protection possible » consistait à porter des masques FFP2 ou des visières, qui n’ont pas été fournis, relève la plainte.

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