Les salariés de Suez dénoncent l’« odieux » patron d’Engie


Les manifestations devant une tour du quartier d’affaires de La Défense sont rares. Celles où managers et syndicalistes défilent côte à côte le sont encore plus. Mardi 22 septembre, devant la tour T1, siège du groupe Engie (ex GDF-Suez), plusieurs centaines de salariés de Suez ont dénoncé la tentative d’offre publique d’achat (OPA) de Veolia contre leur groupe, à l’appel de l’intersyndicale. Les deux géants de l’eau et des déchets se livrent une bataille sans merci : la première étape serait l’acquisition par Veolia des 29,9 % que possède Engie au sein de Suez. L’énergéticien a jusqu’au 30 septembre pour répondre à l’offre qui lui est faite.

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D’où la colère des salariés de Suez, qui estiment que le patron d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, met en danger leur avenir. Sous les huées et les chants – « Odieux Clamadieu, Adieu Clamadieu ! » –, les syndicats ont dénoncé une opération dangereuse, selon eux, pour l’emploi, et en particulier en France. « Le principe de cette OPA, c’est d’amener à des changements de structures et des mutualisations, donc ça va aboutir à des pertes d’emplois, c’est certain », assure Michel Andres, militant CGC et salarié de la branche Eau en France.

Dans l’opération souhaitée par Veolia, cette filiale serait vendue à un fonds spécialisé dans les infrastructures, Meridiam, pour respecter les règles de la concurrence. « Ce n’est pas leur métier, ils n’ont aucune idée de ce qu’est un service public », s’inquiète M. Andres. Selon les syndicats et la direction de Suez, l’OPA de Veolia pourrait se solder à terme par la disparition de 4 300 emplois en France et 6 000 à l’international. Des chiffres contestés par Veolia et Meridiam – le fonds assure même être prêt à développer l’emploi.

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« On a du mal à croire à ce type de promesses », s’inquiète Lucie Demouveau, élue CFDT et ingénieure sécurité dans la branche déchets. « Dans les fonctions supports, la comptabilité, les ressources humaines, la sécurité, on voit bien qu’il y a des risques, les salariés sont inquiets. D’autant que Veolia n’est pas clair du tout sur qui va racheter les activités déchets en France. »

Les dirigeants de Suez et Veolia entendus mercredi

« On veut pousser Engie à faire un choix réfléchi, tout est mené dans la précipitation », dénonce Mikael Henneton, de la CFDT Suez, pour qui « dans cette opération, les salariés ne sont que des variables d’ajustement ». Les syndicats rappellent que l’Etat est le premier actionnaire d’Engie, et que le soutien affiché dans un premier temps par le premier ministre, Jean Castex, à l’opération de Veolia est de nature à susciter des inquiétudes.

Une délégation a été reçue à Matignon, mardi, pour demander une conférence associant toutes les parties, y compris les collectivités locales, pour laisser du temps à la négociation sur l’avenir de Suez. Parmi les présents, on comptait tous les syndicats de l’entreprise, mais aussi de nombreux salariés non syndiqués, dont plusieurs dirigeants de branches du groupe.

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Les salariés ont reçu le soutien de plusieurs élus présents, dont le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, le député européen LFI Manuel Bompard ou la conseillère régionale (Génération. s) Hella Kribi-Romdhane. « On ne laissera pas faire sans réagir », a prévenu M. Bompard, en expliquant que, si l’opération a lieu, les autorités de la concurrence européenne exigeront plus de garanties qui conduiront au démantèlement du groupe. « L’eau est un bien commun et ne peut faire l’objet d’une politique de financiarisation », a abondé Mme Kribi-Romdhane, sous les applaudissements des salariés.

La prochaine étape devrait être parlementaire : les dirigeants de Suez et Veolia doivent s’exprimer mercredi devant la commission des finances de l’Assemblée nationale. Le président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, pourrait également être convoqué dans un second temps.

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