L’Etat défavorable à la proposition de rachat de Carrefour par le canadien Couche-Tard


Le voile se lève peu à peu sur ce qui pourrait provoquer une déflagration dans la grande distribution. Le groupe canadien Couche-Tard, qui convoite Carrefour, a précisé, mercredi 13 janvier, avoir adressé au distributeur français « une lettre d’intention non engageante en vue d’un rapprochement amical sur la base d’un prix de 20 euros par action », tout en précisant que « la rémunération proposée devrait en grande majorité être en numéraire ». De quoi valoriser l’enseigne à plus de 16 milliards d’euros. La Bourse a apprécié : le cours de l’action Carrefour s’est envolé de 13,4 % lors d’une séance animée, pour terminer à 17,5 euros. In fine, 4,6 % du capital a été échangé.

Selon plusieurs sources, le canadien a noué ses premiers contacts avec Carrefour en décembre 2020, ses équipes se rendant en France pour visiter des magasins de l’enseigne et de la concurrence. Le candidat au rachat a formalisé son intérêt dans une lettre d’intention, au début du mois de janvier. Les administrateurs de Carrefour ont alors chargé Alexandre Bompard, le PDG du groupe, d’ouvrir des discussions avec ce prétendant inattendu.

« Souveraineté alimentaire des Français »

Carrefour a choisi Lazard pour l’épauler, tandis que Couche-Tard a retenu Cyril de Mont-Marin, associé gérant de Rothschild & Co et proche de M. Bompard, qu’il a côtoyé durant sa scolarité. Le banquier avait ainsi accompagné M. Bompard, alors patron de la Fnac, lors du rachat de Darty, en 2016. Ce choix démontre la volonté du prétendant de rester amical. En clair, il ne lancera pas d’offre publique d’achat si cette proposition n’est pas soutenue par le conseil d’administration de Carrefour.

Le canadien a-t-il vraiment le choix ? Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, interrogé mercredi dans l’émission « C à vous », sur France 5, a affiché son opposition. « A priori, je ne suis pas favorable à cette opération », a-t-il déclaré. Il a rappelé, en effet, qu’il devrait donner son feu vert à un éventuel rachat de Carrefour par son concurrent canadien au titre du contrôle des investissements étrangers en France. Or, l’enseigne est importante à deux titres. Elle est d’abord « le premier employeur privé de France », a souligné le ministre. Sa collègue au ministère du travail, Elisabeth Borne, a renchéri, jeudi 14 janvier, sur Europe 1 : « Je suis favorable à ce qu’il n’y ait pas de remise en cause de l’actionnariat actuel de Carrefour pour qu’il puisse poursuivre sa stratégie, donc opposée à un rachat. »

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