L’Europe en récession fait face au risque de fragmentation


« Abyssal », « historique », « inédit », « abominable »… Depuis deux jours, les qualificatifs inquiets ne manquent pas pour décrire l’ampleur de la récession dans laquelle l’Europe s’est enfoncée au deuxième trimestre.

Selon les chiffres publiés vendredi 31 juillet par Eurostat, le produit intérieur brut (PIB) a reculé de 12,1 % dans la zone euro, et de 11,9 % dans l’Union européenne (UE). Au premier trimestre, la baisse était respectivement de 3,6 % et 3,2 %. « Cette récession ne ressemble à aucune autre, décrit Bert Colijn, économiste chez ING. Nous n’avons jamais vu de tels chiffres : un plongeon aussi vertigineux lié à la pandémie et au confinement, suivi d’un fort rebond mécanique, que nous observerons dans les statistiques du troisième trimestre. »

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Pour mieux comprendre la nature de ce choc, les économistes ont délaissé les indicateurs classiques pour en étudier d’autres, tels que la consommation d’électricité ou les paiements par carte bancaire. Ces dernières semaines, ces données laissaient entrevoir que les économies européennes n’ont pas été affectées avec la même violence par la crise.

Ainsi, le PIB s’est contracté de 10,1 % en Allemagne, de 10,7 % en Autriche et de 12,2 % en Belgique entre avril et juin. L’Italie, elle, affiche un plongeon de 12,4 %. « C’est moins pire que ce que l’on redoutait, mais le PIB de la Péninsule est tout de même retombé à son niveau du début des années 1990 », observe Jack Allen-Reynolds, chez Capital Economics. L’effondrement est plus marqué encore en France (– 13,8 %), au Portugal (– 14,1 %) et en Espagne (– 18,5 %).

Un marathon plutôt qu’un sprint

Les chiffres des autres Etats membres seront connus ces prochains jours mais, déjà, ces écarts ravivent les craintes d’une fragmentation en Europe, notamment en zone euro, avec des pays dont la croissance pourrait décrocher durablement. L’un des objectifs du fonds de relance européen (750 milliards d’euros) sera d’éviter un tel scénario.

En attendant, les économies très dépendantes du tourisme sont particulièrement pénalisées – à commencer par la Croatie, la Grèce ou encore l’Espagne. « Pour elles, l’été représente 40 % des recettes du secteur : la saison touristique perdue, avec la résurgence des contaminations et restrictions, est dramatique », commente Charles-Henri Colombier, chez Rexecode. Dans l’Hexagone, les dépenses des ménages qui, cette année, passent leurs vacances en France plutôt qu’à l’étranger, limiteront en partie les pertes.

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