Marielle de Sarnez, la muse de Bayrou


«  Vous faites un papier sur François Bayrou ? Faut appeler Marielle, elle vous dira tout, elle sait tout ! » « Marielle ? Tapez pas trop dessus, sinon François va vous appeler », « Au MoDem, la seule qui n’a pas besoin de demander l’autorisation au patron pour donner son avis publiquement, c’est bien Marielle ! »… Que ne disait-on pas au sujet de Marielle de Sarnez dans les couloirs du 133 bis de la rue de l’Université, le siège du MoDem. Quand François Bayrou n’était pas là, c’était elle « l’autre patronne » du Mouvement démocrate qu’elle a cofondé en 2008. François Bayrou le posait ainsi : « Elle, c’est moi et moi, c’est elle. » La fidèle d’entre les fidèles du patron du MoDem est décédée ce 13 janvier à l’âge de 69 ans. « Mercredi 13 janvier 2021. Voici le jour en trop. Marielle, si talentueuse et si courageuse, Marielle de Sarnez vient de partir. Notre chagrin est immense », a tweeté François Bayrou.

Cet inséparable duo politique – quasi unique – est né à l’aube d’une campagne pas comme les autres. Celle de Jean Lecanuet, le candidat à l’élection présidentielle de 1965. « C’était un homme neuf, un homme moderne. Il avait fait une campagne à l’américaine », racontait Marielle de Sarnez au Point lors d’un échange en 2018. À l’époque, Bayrou dirige le Centre des démocrates sociaux (CDS) et dirige la revue Démocratie moderne. Elle aimait, disait-elle, « ce jeune de [sa] génération, en avance sur son temps, capable de passer des nuits blanches à écrire ses discours. C’était bluffant ». Ils n’ont que deux mois d’écart. C’est une « aristo », fille d’une famille issue des rangs de la noblesse. Lui, un agrégé de lettres qui aime les beaux mots. Un coup de foudre politique nourrie de discussions politiques, de stratégies et de littérature. Les deux se font une promesse : « un jour, ce sera à nous ». À eux, les centristes, les modérés de la droite et de la sociale-démocratie, de mener – un jour – le bateau France.

« Et Macron, t’en penses quoi ? »

Mais c’est dans les pas de Valéry Giscard d’Estaing, lors de la campagne 1974, que décolle la carrière politique de Marielle de Sarnez. Elle est recrutée par Ladislas Poniatowski, le fils du résistant et cofondateur des Républicains indépendants (RI) Michel Poniatowski. Aux RI, elle rencontre Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau, l’actuel président de l’Assemblée des départements de France. La campagne est heureuse, moderne. Tout ce que souhaitent ces jeunes giscardiens qui regardaient avec envie la campagne américaine de John Fitzgerald Kennedy une dizaine d’années plus tôt. Marielle « mouillait le maillot », se souvient Jean-Pierre Raffarin. On les voit, avec l’aîné Henri Giscard d’Estaing, danser sur du Johnny Hallyday. Des moments de campagne, des instants de camaraderie politique uniques dont elle se souvenait avec gourmandise. Elle nous racontait en 2017, à la mort de l’artiste : « On chantait, on dansait. Jean-Pierre était un très grand fan, il prenait souvent le micro aux universités d’été et on l’accompagnait. C’était du grand n’importe quoi, mais ce sont de beaux souvenirs. »

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Femme libre d’esprit, européenne de cœur, coriace négociatrice, discrète et indéfectible partenaire de route de François Bayrou, Marielle de Sarnez revendiquait « s’être construite politiquement » elle-même, sans mentor ni père spirituel. « Quand elle doit dire merde à François, elle le lui dit. Il y a peu de personnes qui en sont capables », raconte le ministre des Relations Marc Fesneau et cadre du parti. En 1978, elle participe avec le Palois à la création de l’UDF où elle grandit politiquement aux côtés de Jean Lecanuet, Simone Veil et Raymond Barre. En 1993, quand Édouard Balladur fait de François Bayrou son ministre de l’Éducation nationale, il l’appelle la première : « Viens, on va faire ça à deux. » Elle devient « conseillère spéciale », dirige très vite son cabinet puis tiendra les rênes du groupe UDF à l’Assemblée nationale entre 1997 et 1998. Elle est la « dame » au cœur de la campagne présidentielle de 2007 où François Bayrou devient le « troisième homme » du scrutin avec ses 18,6 % des voix au premier tour. En 2012, elle dirige de nouveau sa campagne mais c’est la douche froide : 9,1 %.

« Et Macron, t’en penses quoi ? Ça nous ressemble dans le texte. » C’est elle qui, au fil de la campagne de 2017, sent le vent de la campagne tourner en faveur d’Emmanuel Macron. Il n’en fallait pas plus pour convaincre François Bayrou qui, dans son coin, faisait un constat similaire. La suite est connue : elle est au cœur des négociations qui amèneront (enfin !) le MoDem au pouvoir. Le 17 mai 2017, elle est nommée ministre des Affaires européennes auprès de Jean-Yves Le Drian, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Un bonheur de courte durée : dès l’été, une enquête préliminaire pour « abus de confiance », concernant des soupçons d’emplois fictifs visant des eurodéputés et leurs assistants parlementaires, la force ainsi que François Bayrou à quitter le gouvernement. Un déchirement, quand bien même elle fut depuis de tous ces dîners élyséens où l’on concocte la stratégie politique. Cette promesse politique faite un soir de 1974 n’aura duré que quelques semaines. Le MoDem pleure aujourd’hui l’une de ses plus grandes bâtisseuses. Et François Bayrou sa plus grande amie.






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