Noémie Lenoir : « On me parle désormais plus de mon âge que de ma couleur de peau »


« À 5 ans, ma fille adore écouter Dalida. Ses chansons sont pourtant tristes, mais il y a une telle vitalité dans sa voix ! » Sa voix à elle n’est pas en reste, avec son timbre légèrement rocailleux, ses éclats de rire soudains, son répondant sans détour. Sur une plage de Saint-Tropez, l’énergie de la jeune femme a illuminé la séance photo du numéro de ELLE du 31 juillet 2020. « C’était génial, commente-t-elle. Il y avait tout ce que j’aime dans la mode : poser, courir regarder les photos, applaudir à la fin du shooting tellement on est heureux. On devrait devenir mannequin à 40 ans ! Même si on me parle désormais plus de mon âge que de ma couleur de peau ou de mes cheveux frisés. Ça me change ! » Le temps qui marque son passage l’inquiète-t-il ? Pas du tout : « Il faut s’accepter comme on est. J’ai des copines qui comptent leurs rides, et c’est dommage… Je me souviens de ma mère à 40 ans, de ses minijupes en cuir et de ses hauts talons qui claquaient sur le bitume de la cité. Je l’entendais de loin ! Aujourd’hui, elle a 68 ans et n’a jamais été aussi épanouie… Qu’importe l’âge, il faut se sentir bien dans sa peau, dans son cœur, dans son âme. »                

Ainsi vit Noémie. Un long chemin a été parcouru depuis qu’elle a été repérée, encore adolescente, par un talent scout, avant de défiler sur les podiums les plus prestigieux du monde. On l’a vue à plusieurs reprises sur le grand écran, elle nous a également impressionné en réalisant le documentaire « Habille-nous Africa », diffusé en 2019 : « Cela faisait longtemps que je voulais travailler sur le continent africain, car j’avais réalisé qu’il y manquait des structures pour le mannequinat. La culture vestimentaire y est très présente, très variée selon les pays, il fallait le raconter. Dans le film, je parle du Cameroun, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire… Il y a tant de choses à découvrir, la richesse des tissus est exceptionnelle. L’Afrique a toujours inspiré la mode, et il est temps qu’elle réussisse à s’imposer. »           

L’action plutôt que les déclarations    

On l’aura compris, Noémie Lenoir est une femme engagée. Bien avant le mouvement Black Lives Matter, cette féministe et universaliste convaincue s’exprimait sans s’embarrasser du qu’en-dira-t-on : « Je parlais déjà du racisme dans la mode il y a des années ! On a mis beaucoup de temps à m’écouter… Mon papa était blanc, ma maman est noire. Quand ils étaient jeunes et sortaient dans la rue, ils se faisaient cracher dessus ! La bataille contre le racisme doit prôner le vivre-ensemble. J’ai aimé voir autant de personnes blanches dans les récentes manifestations. » Mais Noémie tient à rester discrète : sans pour autant dissimuler ses opinions, elle n’est « pas là pour faire de la politique ». L’action plutôt que les déclarations, s’engager plutôt que se montrer. Longtemps ambassadrice de la Fédération française des associations de chiens guides d’aveugles, elle planche actuellement sur un nouveau documentaire qui interroge des femmes du monde entier sur la beauté via le prisme du handicap : « Le but est de souligner la force et la beauté féminines. Les intervenantes sont incroyables… Sans prétendre donner des leçons, je veux me servir de mon expérience de mannequin pour raconter quelque chose qui parle à toutes les femmes, qui apporte de l’espoir. »              

Cet été, Noémie ne s’éloignera pas de la capitale, où elle vit avec ses deux enfants : « J’adore Paris à ce moment-là de l’année. Il fait beau, les musées sont ouverts, je fais du bateau sur la Seine, des pique-niques dans le bois de Boulogne, je me balade à Fontainebleau. Vous connaissez l’abbaye des Vaux de Cernay ? C’est magique ! D’ailleurs, je crois que mon troisième documentaire sera consacré à la France. » Elle affectionne les guinguettes de villages, option moules-frites et rosé. Un quotidien tout simple, finalement ? « Oui, il a fallu que je mène une existence folle pour ensuite me poser, comprendre la chance que j’avais. Je fais davantage attention à moi aujourd’hui. » En discutant avec Noémie, on réalise à quel point son enfance compte. La musique qu’écoutaient ses parents, d’Elvis à Gainsbourg, les grandes tablées pendant les vacances à La Réunion : « Ma grand-mère a eu dix-sept enfants, vous imaginez l’ambiance ! On mangeait, on riait, on faisait des randonnées. Un été, je m’étais cassé le bras avant de partir mais, vu qu’il y avait des requins, ce n’était pas grave de ne pas se baigner… » Son rire en cascade résonne encore une fois. Impossible de résister à Noémie Lenoir, qui, lorsqu’on lui parle de sa philosophie de la vie, nous cite, soudain grave, le poète irlandais Thomas Moore : « L’humilité, modeste et douce racine de toutes les vertus célestes. »



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