Plus de ventes et moins de coûts, Renault lance sa « Renaulution »

Avant la conférence de presse détaillant sa feuille de route pour affronter la révolution du secteur automobile, Renault a fait quelques annonces par voie de communiqué. Le groupe a ainsi déclaré jeudi 14 janvier qu’il va appliquer une « discipline stricte en matière de coûts ». Dans un contexte où ses ventes ont chuté de 21,3% au niveau mondial en 2020, ses marques Renault, Dacia, Alpine et Lada sont très exposées dans les pays qui ont été les plus sévèrement confinés.

Après un mariage raté avec Fiat-Chrysler, qui a finalement choisi Peugeot-Citroën, Renault sort aussi du scandale provoqué par l’arrestation et l’évasion au Japon de son ex-directeur général Carlos Ghosn, accusé de malversations financières.

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La « Renaulution » : vendre moins mais plus cher

Deuxième constructeur mondial via son alliance avec Nissan-Mitsubishi, Renault doit maintenant s’engager à fond dans la transition écologique du secteur, devenir plus rentable, et s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation des automobilistes, ce qu’il appelle la « Renaulution ».

Transfuge du groupe Volkswagen et arrivé en juillet, le nouveau directeur général de Renault Luca De Meo a déjà annoncé que le groupe allait privilégier « la profitabilité aux volumes », c’est-à-dire vendre moins de voitures mais les vendre plus cher.

Luca De Meo et Jean-Dominique Senard, président de Renault, en ont discuté lundi avec le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et la ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher, l’État étant actionnaire du groupe. Le plan a aussi été présenté aux syndicats mercredi soir.

« M. De Meo veut donner du punch au groupe. L’objectif sera un meilleur cadrage des activités de chaque marque », a déclaré une source dans l’entreprise.

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24 lancements d’ici 2025

Ainsi, le plan d’économies annoncé en mai – de plus de 2 milliards d’euros sur trois ans et prévoyant quelque 15.000 suppressions de postes dans le monde – est achevé « en avance ». Il va être étendu à 2023 pour atteindre 2,5 milliards d’euros d’économies, avec un objectif de -3 milliards d’euros d’ici à 2025.

Le groupe va également redimensionner sa capacité industrielle de 4 millions d’unités en 2019 à 3,1 millions d’unités en 2025. Il va rationaliser sa production, en passant de 8 à 4 familles de moteurs et de 6 à 3 plateformes (châssis).

Le groupe vise désormais 3% de marge opérationnelle d’ici 2023, avec une réduction des investissements de recherche de 10% à 8% du chiffre d’affaires, et 5% de marge d’ici 2025.

« Cette nouvelle organisation permettra de créer un portefeuille de produits rééquilibré et plus rentable avec 24 lancements d’ici 2025 – dont la moitié dans les segments C/D (compactes et berlines) – et au moins 10 véhicules électriques », peut-on lire dans le communiqué.

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« Modernité et innovation »

Le groupe a précisé ses intentions pour ses marques. Renault incarnera « la modernité et l’innovation » et tentera une « offensive » sur le segment des compactes.

Les marques économiques Dacia et Lada vont réduire leur gamme en passant de 18 types de carrosserie à 11. Sept modèles seront lancés d’ici 2025, dont deux s’attaqueront au segment des compactes.

Mobilize, la nouvelle marque de services de mobilité de Renault, proposera quatre véhicules adaptés : deux pour l’autopartage, un pour le service avec chauffeur, un pour la livraison. Mobilize vise à générer 20% des revenus du groupe d’ici 2030, via des partenariats et des nouvelles solutions de financement comme l’abonnement.

Au niveau international, le groupe Renault va s’orienter « vers les marchés à fortes marges », notamment en Amérique latine, en Inde et en Corée, et renforcer sa présence en Espagne, au Maroc, en Roumanie, en Turquie et en Russie.

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Énergies alternatives

Le Losange se voit « leader dans l’électrification » en 2025, avec un gigantesque « électro pôle », « potentiellement dans le nord de la France ». La moitié des lancements en Europe seront des véhicules électriques, avec aussi une grande offre en hybrides et des utilitaires à l’hydrogène.

Pionnier dans l’électrique avec la ZOE, Renault a multiplié les annonces ces derniers mois avec une Twingo électrique, une Dacia à batterie positionnée comme la voiture électrique la moins chère du marché, et une nouvelle Mégane électrique. Le groupe a également dopé en 2020 son offre de véhicules hybrides et hybrides rechargeables.

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« En 2025, il n’y aura plus de moteurs thermiques seuls dans la gamme », a souligné à l’AFP Gilles Le Borgne, directeur de l’ingénierie du groupe Renault. Exit le diesel, qui souffre d’un « anathème » et pourrait être chassé des centre-villes. « On va garder une famille de moteurs essence, combinée avec nos chaînes de traction hybride ».

Dès mardi, le constructeur a dévoilé le premier volet de la « Renaulution ». Il va se renforcer dans les camionnettes à hydrogène dès la fin 2021, via une coentreprise avec le pionnier américain Plug Power. Le constructeur va également continuer à investir dans le gaz naturel (GNV) et le GPL, qui rencontre un beau succès chez Dacia.

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Électrique rétro

Pour marquer davantage son virage vers le futur, Renault pourrait présenter ce jeudi des voitures électriques aux lignes inspirées de la R5, la star des années 1970, mais aussi de la 4L, autre icône légère et fiable de Renault, selon une autre source au sein de l’entreprise.

Le directeur général de Renault devrait également préciser ses projets pour Alpine, qui regroupe désormais toutes les activités sportives du groupe. La marque historique a une nouvelle tête depuis lundi, à savoir Laurent Rossi, ex-directeur de la stratégie du groupe, qui a remplacé Cyril Abiteboul, figure de Renault en Formule 1.

Dans son communiqué, le groupe Renault vise qu’Alpine soit rentable en 2025. Elle lancera de nouveaux véhicules 100% électriques basés sur les plateformes de l’Alliance Renault-Nissan, dont une nouvelle voiture de sport électrique avec la marque britannique Lotus.

Selon la même source dans le groupe, il pourrait y avoir trois modèles Alpine : « la remplaçante de la 110 actuelle, un modèle un peu SUV » et une Mégane estampillée Alpine qui remplacerait la Mégane RS, adulée par les amateurs de circuit.

« La seule information qu’on a, c’est qu’il (Luca De Meo) souhaite lancer un petit véhicule qu’on pourrait fabriquer en France », souligne Jean-François Pibouleau de la CGT. « Pour nous, ce qui est important, c’est l’emploi et que Renault sorte de la salle des urgences », explique Mariette Rih, de FO.

Luca de Meo a déjà cherché à rassurer sur l’avenir de l’usine historique de Flins (Yvelines) qui, quand elle cessera de fabriquer des véhicules neufs en 2024, se consacrera au reconditionnement de véhicules récents, au recyclage de véhicules hors d’usage, à la réparation et la réutilisation de batteries.

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