Printemps-été 2021 : la Fashion Week, c’est fini ?


« Où est passé le défilé Celine ? » Lors de la dernière fashion week parisienne fin septembre, la maison n’était pas de la fête. Idem pour Lanvin, Lacoste ou encore Saint Laurent et Alexander McQueen. À Milan, Gucci et Bottega Veneta étaient aussi aux abonnés absents. Beaucoup de grands noms du milieu réduisent le nombre de collections et instaurent un calendrier propre. Balayés, les excès des années 2010 ? Si se réinventer est devenu l’enjeu de la nouvelle décennie, ce désir de rationaliser le rythme des shows ne date pas de la crise du Covid. « La pandémie n’a été qu’un accélérateur, souligne Alexandre de Betak, organisateur de défilés. Depuis quelques saisons, certains designers dénoncent la frénésie du secteur. Ce qui est sûr, c’est que la mode a une occasion inespérée d’étendre sa créativité. »       

Lanvin est de ceux qui participent à ces changements, en présentant hors calendrier, à Shanghai, des silhouettes d’inspiration 1920 devant un public 100 % local. Pour la marque française – aujourd’hui propriété chinoise –, ce renouveau rime avec pragmatisme. « La maison est en pleine relance et la Chine nous propose les meilleures perspectives de croissance grâce à une maîtrise de la crise sanitaire. Nous avons quitté Paris, mais nous y retournerons à un autre rythme », nous explique Bruno Sialelli, le directeur artistique.   

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« La fashion week est un écosystème de talents »

Chez Gucci, on flirte avec l’inédit. L’inventivité d’Alessandro Michele s’exerce avec « GucciFest », une série filmée en sept temps par le réalisateur multirécompensé à Cannes Gus Van Sant (« Elephant », « Paranoid Park »), dévoilée mi-novembre. Au casting ? La collection été 2021, des célébrités et des designers indépendants proches du créateur italien. Visible sur le site YouTube de la marque, le résultat est à la hauteur du générique : ici se dessinent les contours du futur Gucci en catalyseur d’innovations. Le défilé Celine, lui, a finalement vu le jour fin octobre sous le soleil de Monaco, dans un stade vide. Diffusé sur Internet, il est né d’une « volonté esthétique », affirme la marque, qui précise que tous ses prochains shows prendront une forme différente. Aux manettes : Hedi Slimane. Si le designer est connu pour être l’un des trublions de la mode, ce nouveau projet n’échappe pas à la règle : ses looks de lycéennes au style grunge tranchent avec ceux de la bourgeoise des beaux quartiers auxquels il nous avait habitués. Buzz assuré ! Et on se prend déjà à rêver de ses bottes en caoutchouc siglées. À l’image d’Azzedine Alaïa, Slimane cultive sa liberté. Le couturier disparu refusait de se plier aux normes du secteur. De cette indépendance, il a fait une signature… Plus inspirante que jamais ?               

« C’est un modèle formidable, mais faire cavalier seul n’est pas donné à tout le monde. Rappelons-nous que la fashion week est un écosystème de talents partagé par une centaine de griffes, à l’impact médiatique indéniable », tempère Alexandre de Betak. Et puis rien n’est prévisible avec le Covid : même Saint Laurent a été contraint de repousser la présentation de sa collection en raison du reconfinement. « Le grand gagnant sera celui qui saura conjuguer au mieux le potentiel créatif du digital avec l’expérience live », conclut l’expert. À suivre.

Le cas d’école                 

En 2019, Simon Porte Jacquemus annonçait sa volonté de réduire ses collections à deux par an, avec des défilés mixtes en janvier et en juin, commercialisés quelques mois plus tard. Ses shows hors norme dans des champs de lavande (en juin 2019) puis dans des étendues de blé (l’été dernier) hissent le label dans le top 20 du classement Lyst. Une stratégie créative et payante.



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