Qui seront les imams homologués ? Les limites du futur conseil national des imams


Tareq Oubrou n’en revient toujours pas. Cela fait près de deux ans que l’imam de Bordeaux travaille, avec des collègues, à la création d’un « conseil national des imams ». Auteur de plusieurs livres dans lesquels il développe les implications d’un islam acculturé au contexte européen, qui ont contribué à sa notoriété, il est convaincu de l’utilité d’une telle instance.

Mais pourquoi donc l’exécutif a-t-il choisi, pour la créer, des personnes dont aucune n’est imam ? Des présidents de fédérations dont les plus importantes sont liées à des pays de l’influence desquels on prétend justement vouloir s’extraire ? Pourquoi ne lui a-t-on pas même passé un coup de téléphone, ni aux autres religieux avec qui il travaille ? « Aucun imam ou théologien de la scène musulmane française n’a été consulté, s’insurge-t-il. Or, un conseil national des imams, c’est l’affaire des imams, pas des laïcs ! »

Mercredi 18 novembre, réunis à l’Elysée par Emmanuel Macron, les neuf présidents des fédérations musulmanes représentées au Conseil français du culte musulman (CFCM) ont accepté les principes d’un conseil national des imams. Celui-ci serait composé d’eux-mêmes, qui ne sont pas imams, et de neuf imams, un par fédération, choisi par son président. Autant dire qu’ils auront la complète maîtrise de cette instance, qui fonctionnera de la même manière que le CFCM, c’est-à-dire par consensus. Raison pour laquelle cet organisme n’a jamais pu faire aboutir les différents projets auxquels il a travaillé au cours des années, comme une charte du halal, une charte des imams, la mise en route d’un conseil théologique, qui existe mais ne s’est pour ainsi dire jamais réuni.

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Anouar Kbibech, le président du Rassemblement des musulmans de France (RMF), a rappelé au chef de l’Etat que, cinq ans auparavant, jour pour jour, juste après les attentats de novembre 2015, il se trouvait place Beauvau avec le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve. Alors président du CFCM, Anouar Kbibech avait proposé ce jour-là un mécanisme de certification des imams par le CFCM. « Mais il n’y a pas eu de consensus à l’époque. Et on a perdu cinq ans », regrette-t-il aujourd’hui.

Qu’est-ce qui a changé depuis ? « Aujourd’hui, il y a un dialogue direct du président de la République et du ministère de l’intérieur avec les présidents de fédération, explique-t-il. Cela permet de dépasser les bisbilles internes. » Autant dire qu’il a fallu « l’immense pression » promise par Emmanuel Macron dans son discours des Mureaux (Yvelines) pour que, individuellement et hors cadre du CFCM, les neuf fédérations donnent leur accord de principe à un texte de cadrage.

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